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Le cinéma est plus harmonieux que la vie, il n'y a pas d'embouteillages dans les films. Les films sont comme des trains qui filent dans la nuit (François Truffaut)


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Osons François Ozon

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1 Osons François Ozon le Jeu 16 Mai - 11:11

Phil


Admin
(oui, le jeu de mots pourri du titre, j'avais même pas osé sur l'ancien forum, mais bon... c'était ici : http://thexphill.free.fr/punbb/viewtopic.php?id=98)

Réouverture par là du sujet sur Ozon à l'occasion de la présentation à Cannes de son dernier film, Jeune et Jolie - histoire d'une fille de 17 ans qui fait la pute. Déjà un de mes films les plus attendus de cette année, même si j'avais été (en partie) déçu par le précédent, Dans la Maison.

Comme souvent chez le réalisateur, il y aura ici des chansons, interprétées par Françoise Hardy, qui rythmeront l'histoire au rythme des saisons. On n'en sait pas plus sur le procédé pour l'instant, mais ça donne l'occasion à Télérama de publier cette semaine un article très intéressant sur le réalisateur. Qui en rajoute dans les indices expliquant pourquoi je l'aime tant.
Ils y expliquent que même lorsqu'il fait des films réalistes (type Le Temps qui Reste ou Le Refuge), il a recours à ce type d'artifice purement cinématographique. A fortiori dans ses films complètement fantaisiste comme 8 Femmes ou Potiche. C'est cette stylisation à outrance, ce parti-pris radical, qui caractérise son cinéma. Et par là même, il affirme la force de l'art cinématographique, qui exhibe ses artifices et ne se cache pas, afin de raconter une histoire et de décrire des personnages. Ce qui rejoint ma conception du cinéma, que j'aime voir s'afficher de manière ostentatoire.

(je guette le site pour voir si l'article est mis en ligne un de ces 4).

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2 Re: Osons François Ozon le Jeu 16 Mai - 12:05

Justement, hier soir j'ai regardé Moonrise Kingdom, le dernier Wes Anderson en date. Fantaisiste, stylé à outrance, radical, ostentatoire ... tout y est, même Françoise Hardy. Même si dans l'esprit , je trouve que c'est plus proche de Gondry que de Ozon, notamment sur le côté inventif et bricolage (et surtout largement mieux que 8 Potiches).
D'un point de vue cinématographique, c'est brillant mais sur la durée, j'ai vraiment eu du mal à m'accrocher jusqu'au bout.

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3 Re: Osons François Ozon le Jeu 16 Mai - 14:05

Phil


Admin
Wes Anderson me fait chier.
(voilà, c'est dit ! Smile)

et quand on sait qu'il est co-responsable (avec Roman Coppola) de la pub Prada pourrie qu'on subit avant chaque film chez UGC, ça donne encore plus envie de le buter en le faisant souffrir atrocement !

Plus sérieusement, la comparaison ne tient pas : tout simplement parce que Anderson n'en a rien à foutre de la réalité, alors que Ozon utilise la fantaisie pour donner une vision personnelle de la réalité. Je dis pas ça pour défendre mon chouchou, on peut penser ce qu'on veut de l'un et l'autre, mais leurs cinémas n'ont pas grand-chose de commun.

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4 Re: Osons François Ozon le Jeu 16 Mai - 14:33

Je te parlais uniquement de la forme ...
Mais vu que tu détestes le premier et encense l'autre, je ne m'attendais pas non plus à une confession de bonne foi Very Happy

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5 Re: Osons François Ozon le Jeu 16 Mai - 14:43

Phil


Admin
Justement, je fais une comparaison objective et expliquée !
Je veux bien qu'on critique ma mauvaise foi légendaire, mais pas les rares fois où elle s'applique pas ! Smile
(sur la forme non plus, pas grand-chose à voir entre Moonrise Kingdom et Sous le Sable, par exemple)

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6 Re: Osons François Ozon le Jeu 16 Mai - 15:46

Phil


Admin
Sinon, la première critique du film, par Télérama (ça donne envie a priori, mais se méfier quand même : ils avaient encensé Dans la Maison !)


Dans la filmographie de François Ozon, il y a les machines de guerre, parfaitement assemblées et huilées, souvent irrésistibles : Huit femmes, Potiche, Dans la maison... Et il y a les films plus secrets, plus aventureux, où le cinéaste ne dévoile son sujet que progressivement, comme s'il le cherchait lui-même en chemin : Sous le sable, Le Temps qui reste, Le Refuge...

Jeune et jolie appartient à cette deuxième veine. C'est, a priori, un portrait de lycéenne des beaux quartiers, en quatre saisons. Identification d'une fille ? Or, justement, entre un dépucelage catastrophique sur une plage, une nuit d'été, et des débuts très lucratifs dans la prostitution (sans aucun besoin d'argent de poche), l'automne suivant, à Paris, la jeune fille est de moins en moins identifiable, alien aux yeux de sa famille, de ses amants-clients, et à ses propres yeux... Où va son désir ? Quel est son plaisir, si toutefois il y en a ?


Ozon passe sans crier gare de la comédie au grand malaise. Il sait depuis longtemps mêler les registres, mais il gagne encore en fluidité, en maîtrise du récit et des ellipses. Et ses acteurs (la jeune et jolie Marine Vacth, mais aussi Géraldine Pailhas et Frédéric Pierrot) sont comme toujours excellents. Plus rares chez lui : l'émotion diffuse, le spleen délicat qui imprègnent ce portrait de débutante.

A rebours du film provoc (pas de scène choc pour faire parler les festivaliers), très loin du film-dossier (moi, 17 ans bourgeoise et prostituée), Jeune et jolie s'affirme peu à peu comme une exploration de la solitude adolescente, affective et sexuelle. Une étude pleine d'empathie sur l'envie et l'impossibilité d'aimer – physiquement ou sentimentalement, selon les saisons. Et comme une botte secrète, un arme fatale, ce sont quatre chansons de Françoise Hardy (dont deux signées Michel Berger) qui ponctuent cette histoire, et en révèlent soudain l'ampleur mélancolique.

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7 Re: Osons François Ozon le Ven 17 Mai - 12:03

Phil


Admin
Et la critique de Libé, qui donne encore plus envie !
http://next.liberation.fr/cinema/2013/05/16/ozon-le-moment-et-la-putain_903513

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8 Re: Osons François Ozon le Mar 21 Mai - 18:14

Phil


Admin
Il y a deux ans, Lars Von Trier avait mis la Croisette en émoi en déclarant à propos d'Adolf Hilter: «Je dis seulement que je comprends l’homme. Il n’est pas vraiment un brave type, mais je comprends beaucoup de lui et je sympathise un peu avec lui.» Cette année, François Ozon essaie visiblement de prendre le relais dans une interview au magazine américain Hollywood Reporter. «Beaucoup de femmes fantasment de se prostituer», a notamment expliqué le réalisateur.

La journaliste Rhonda Richford lui demandait pourquoi les hommes et les femmes réagissaient différemment à son film Jeune et Jolie, et la réponse de François Ozon a de quoi laisser perplexe: «Je pense que les femmes peuvent vraiment être connectées à cette fille (Isabelle, l'héroïne du film, jouée par Marina Vacth, NDLR), parce que beaucoup de femmes fantasment de se prostituer. Ce qui ne veut pas dire qu'elles le font, mais être payé pour une relation sexuelle est quelque chose de patent dans la sexualité féminine.»

La journaliste lui laisse une chanse de se rattraper « Pourquoi pensez-vous que c'est un désir ? Je ne pense vraiment pas que ce soit le cas», mais François Ozon n'en démord pas: « C'est le cas parce que la sexualité est complexe. Je pense que vouloir être un objet sexuel, être désiré, être utilisé, est quelque chose de très courant. C'est le genre de passivité que les femmes recherchent.» Interrogé sur la source de ses doctes conclusions, le réalisateur de Swimming Pool ne se démonte pas: « C'est la réalité. Il suffit de parler avec plusieurs femmes, ou avec des psys, tout le monde sait ça. Bon peut-être pas les Américains.»

L'ambassade des Etats-Unis ne s'est pas encore offusqué de ces propos, en revanche les déclarations de François Ozon ont fait réagir Laurence Rossignol, l’une des quatre porte-parole du PS, sur Twitter: « Toutes des putes-au moins dans leur tête. Mr Ozon,pourriez vous assumer vos fantasmes et ne pas nous les attribuer?» Les Femen ont, elles, décidé de remettre «la palme d’or du connard 2013 à François Ozon». Au moins le réalisateur ne repartira pas de Cannes les mains vides.


(source : Ecrans.fr)

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9 Re: Osons François Ozon le Mer 22 Mai - 11:04

Quel gros connard, en effet !

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10 Re: Osons François Ozon le Mer 22 Mai - 11:06

Phil


Admin
J'étais sûr que ça te ferait plaisir Wink
(je l'ai même mis rien que pour toi - moi m'en fous, ça enlève rien à ses films. Non, ne me remercie pas !)

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11 Re: Osons François Ozon le Mer 22 Mai - 11:12

C'est vrai que pour le coup, c'est vraiment un gros connard

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12 Re: Osons François Ozon le Mer 22 Mai - 11:19

Môssieur est trop bon !
Mais je suis d'accord que ça n'enlève rien à ses films ... et ça n'ajoute rien non plus.
C'est juste un gros connard ... voire un fils de pute !

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13 Re: Osons François Ozon le Mer 22 Mai - 11:39

Phil


Admin
Cbyt a écrit:Mais je suis d'accord que ça n'enlève rien à ses films ... et ça n'ajoute rien non plus.

Ah si : pour un mec qui a articulé toute sa filmographie autour de son regard sur les femmes, ça ajoute des niveaux de lecture ! Rolling Eyes

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14 Re: Osons François Ozon le Jeu 11 Juil - 21:33

Phil


Admin
La bande annonce complète du film :



Bon, non seulement ça va être très bien, mais en plus ça sera pas désagréable à regarder !

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15 Re: Osons François Ozon le Mar 27 Aoû - 11:03

Phil


Admin
Bon, déjà, il faut dire d’entrée qu’il est très bien, le nouveau Ozon JEUNE ET JOLIE. Pourquoi ? Parce que le précédent, Dans la Maison était pas terrible (pas mauvais non plus, mais bon…). Et, comme il avait réussi à se relever de son pitoyable Angel, il parvient ici à nouveau à redresser la barre.
C’est pas forcément pour autant un grand film du réalisateur français qu’on sait être mon chouchou, mais c’est carré, bien troussé, évidemment super bien réalisé et beau, et ça fonctionne du début à la fin.

Des deux veines du réalisateur – que j’aime autant l’une que l’autre, ce dernier film appartient bien sûr à la plus « réaliste », dans le style du Temps qui Reste ou du Refuge. Le problème du film précédent, à mon avis – enfin son « principal » problème – était d’appartenir aussi à cette veine mais d’être « parasité » par la moitié plus fantaisiste d’Ozon. Il en ressortait un exercice de style brillant en termes de mise en scène, mais bancal et ne sachant pas sur quel pied dansé.
Pas de ça ici, avec un retour bienvenu à la sobriété. Il reste encore 2-3 idées « expérimentales » telles que le découpage en saisons ou l’utilisation de chansons de Françoise Hardy pour illustrer les états d’âme de l’héroïne. Mais elles ne sont pas utilisées comme un gadget et disséminées avec parcimonie dans le film (il manque d’ailleurs une saison, elles ne sont pas de durée égales, les chansons interviennent n’importe quand au rythme du récit…).

Après, le film m’a fait le même effet que la plupart des films « sobres » d’Ozon. A savoir que j’ai vachement aimé, sans être capable de dire pourquoi, et ce qui a pu m’accrocher pendant 1h30 dans cette histoire racontée calmement et tranquillement. Comme toujours, la mise en scène du réalisateur crée une sorte de climat onirique et une atmosphère étrange, même dans les scènes les plus terre-à-terre. On sent la tension monter sans arrêt tout au long du film, explosant parfois dans des scènes de confrontations violentes. Et par moments, on sent une touche de perversité (la relation de l’héroïne avec son petit frère est très spéciale, le regard du beau-père sur la jeunette parfois concupiscent…) – sauf que cette fois Ozon ne plonge pas avec délectation dans la provocation comme ça peut parfois être le cas.
L’intelligence du film est de laisser travailler le spectateur, de ne pas lui imposer de pistes et d’explications faciles. Cette jeune fille de 17 ans qui se prostitue sans qu’on sache pourquoi gardera son mystère jusqu’au superbe plan final en miroir ; ce sera à chacun de chercher des explications psychanalytiques, sociales, ou autres. Ce n’est pas nue facilité de la part du réalisateur/scénariste qui n’aurait pas envie de se fatiguer à expliquer son film – plutôt la logique d’un film mystérieux et « ambiant » poussée jusqu’au bout.

Ozon est parfaitement aidé dans son entreprise de déstabilisation par son actrice principale. Car, comme on a pu le lire et l’entendre un peu partout, Marine Vacth est en effet une vraie révélation et se révèle excellente – ce qu’on n’aurait pas pensé venant d’une mannequin arrivé là un peu par hasard. Enfin, non, pas par hasard : parce qu’elle correspondait au canon « jeune et jolie » recherché par Ozon. Jolie, elle l’est, en effet. Et, bien sûr, le fait qu’elle soit peu avare de ses charmes au cours de scènes de sexe bien osées ne gâche rien. Mais ce n’est pas cette performance pour gros pervers qui marque à la vision du film (d’autant que c’est franchement pas mon style, bien trop osseuse – dire qu’il y a 10 ans, il aurait fait ce film avec Ludivine Sagnier ! ) ; plutôt son jeu étonnant.
Les autres acteurs/trices sont très bien aussi – Géraldine Pailhas bien meilleure que dans Divin Enfant qu’on a vu en avant-première récemment (et je parle pas des Chevaliers du Ciel !), Frédéric Pierrot toujours très bien, le gosse qui joue son frère… et une apparition éclair de Charlotte Rampling à la fin.

Note = 5/6

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16 Re: Osons François Ozon le Mar 27 Aoû - 11:07

ça me dit vraiment rien. Depuis qu'on parle de ce film, je reste sur un "Et alors ?" qui ne me quitte pas. D'autant que ça commence à frémir en terme de sorties, je vais donc éviter, je pense.

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17 Re: Osons François Ozon le Mar 27 Aoû - 12:01

Phil


Admin
Oui, je vois ce que tu veux dire par "Et alors", et c'est vrai qu'il y a de ça.
Moi je voulais le voir parce que Ozon et parce que du cul, mais c'est clairement pas un truc indispensable...

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18 Re: Osons François Ozon le Mar 27 Aoû - 14:43

Pas besoin que le spectateur travaille, Ozon l'a dit lui-même : toute femme rêve de se prostituer !

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19 Re: Osons François Ozon le Mar 27 Aoû - 16:54

Phil


Admin
Gnagnagna Very Happy 

(et c'est là, encore une fois, où on voit bien la différence entre les déclarations d'un réalisateur et le film en lui-même, qui n'a rien à voir).

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20 Re: Osons François Ozon le Jeu 3 Oct - 11:53

Phil


Admin
Revu hier LE REFUGE, qui était passé sur France 3 la semaine dernière - et c'est toujours excellent. Ca doit être le film d'Ozon le plus épuré (avec Le Temps qui reste), même comparé aux autres de sa veine "réaliste". Aucun gadget ici, même du point de vue de la réalisation c'est d'une sobriété qui va à l'essentiel.
C'est pas un de mes Ozon préféré, mais c'est avec ce genre de film qu'il prouve qu'il est vraiment un grand réalisateur.

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21 Re: Osons François Ozon le Jeu 3 Oct - 14:38

Phil a écrit:
C'est pas un de mes Ozon préféré, mais c'est avec ce genre de film qu'il prouve qu'il est vraiment un grand réalisateur.
N'exagérons rien ! Il ne mesure qu'1m78 !

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22 Re: Osons François Ozon le Jeu 3 Oct - 16:18

Phil


Admin
C'est déjà plus grand que Kubrick, Hitchcock et Welles ! Smile

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23 Re: Osons François Ozon le Lun 22 Sep - 18:47

Phil


Admin
"Vraie" avant-première de UNE NOUVELLE AMIE , le nouveau François Ozon ce soir, plus d'un mois avant sa sortie.
J'en parle en retrant... ou demain !

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24 Re: Osons François Ozon le Lun 22 Sep - 23:55

Phil


Admin
Bon ben c'était très bien - et y'avait Ozon/Duris/Demoustier/Personnaz après le film.
J'en parle demain.

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25 Re: Osons François Ozon le Mar 23 Sep - 10:58

Phil


Admin
Difficile de dévoiler l’histoire du nouveau film de François Ozon, UNE NOUVELLE AMIE, sans en révéler tout de suite la "surprise" principale. En même temps, celle-ci est dévoilée très vite et ne constitue pas un suspense ou un twist, donc allons-y…
Claire (Anaïs Demoustier) et Laura (Isild Le Besco) sont 2 amies d’enfance « à la vie, à la mort », qui rencontrent à peu près en même temps l’homme de leur vie. Lorsque Laura meurt (on ne sait pas de quelle maladie, mais ça n’a aucune importance), elle laisse seuls sont mari David (Romain Duris) et leur petite fille de quelques mois. Claire et Gilles (Raphael Personnaz) honorent leur promesse de prendre soin du veuf et du bébé, mais ça va s’avérer plus problématique que prévu. En effet, Claire va très vite découvrir le secret que David cache depuis des années : il aime se déguiser en femme. Et depuis la mort de la sienne, il ne quitte plus ses attributs féminins, pour assurer une présence maternelle auprès de sa fille, dit-il/elle. Entre Claire et l’alter-ego de David rebaptisé Virginia, un étrange jeu de séduction/rejet va se jouer.

Les 10 premières minutes du film, fulgurantes, retracent plusieurs années de la vie des deux amies, jusqu’à la mort de l’une, élément déclencheur de l’histoire à venir. Instantanément, Ozon nous plonge dans l’univers étrange de son film, présente les personnages, installe les éléments fondamentaux du scénario. Une mise en place assez magistrale (qui rappelle un peu le Pixar Là-Haut, modèle du genre, et donc la fin de Six Feet Under), jusqu’au basculement brutal de la première scène où Claire découvre David déguisé en femme. Qui survient assez vite, donc, et permet au film de repartir sur ce qui constitue son véritable enjeu : les troubles de l’identité, sexuelle entre autres.

A la séance de questions-réponses avec le réalisateur et les acteurs qui a suivi l’avant-première, la première question était pile celle qu’il fallait poser, en mode ironique et frondeur : « est-ce que vous allez envoyer un DVD du film à Ludovine de la Rochère ? ». En effet, il est certainement moins innocent qu’Ozon a voulu nous le faire croire que ce film arrive maintenant sur les écrans. Adapté d’une nouvelle de Ruth Rendell que le réalisateur voulait adapter depuis très longtemps, il s’en éloigne semble-t-il pas mal. Probablement du fait que le réalisateur a finalement écrit son scénario en plein débats sur le mariage pour tous, et l’enseignement de la théorie du genre à l’école. François Ozon se défend d’avoir fait un film principalement politique… mais avoue avoir forcément injecté pas mal de politique dans son récit. De fait, si Une Nouvelle Amie existe et provoque le trouble en soi, il résonne aussi différemment dans le contexte actuel. Comme un plaidoyer pour le droit à la différence, contre la haine et le rejet, un regard honnête et ouvert sur les « nouvelles familles » et le genre. Et, sans que ce soit lourd et appuyé – bien au contraire – c’est bien un gros « fuck » à Christine Boutin, Belghoul et con-sorts.

Dans une autre question (rassurez-vous, je vais pas toutes les faire ! Smile), le gars au micro commençait par dire que ce film l’avait « réconcilié avec le cinéma d’Ozon » - d’où la question du réalisateur demandant s’il était fâché avec lui avant. Pour ma part, sans être fâché avec celui que je considère toujours comme le meilleur réalisateur français actuel, il est vrai que ses derniers films m’avaient moins convaincu. J’avais trouvé Jeune et Jolie très bien, mais sans retrouver le frisson des films ozonesques que j’adore ; j’avais pas aimé Dans la Maison, par contre. Potiche, c’est un peu Huit Femmes en moins bien. Le Refuge un peu Le temps qui reste en moins bien...
Bref, tout ça pour dire que celui-là, c’est bien le retour du réalisateur à ses fondamentaux, et à mon avis son meilleur film depuis longtemps. J’y ai retrouvé tout ce que j’aime chez lui, sa vraie patte et son regard aigu sur l’histoire et les personnages. Il retrouve là son sens de la provocation discrète, sans avoir l’air d’y toucher. Et développe une atmosphère étrange qui baigne tout le film, avec son lot de scènes frappantes qui marquent les esprits ; culminant notamment dans une scène d’amour comme on en a rarement (jamais ?) vue jusque là. Le film bouscule sans cesse le spectateur dans son confort et ses certitudes ; et c’est justement ce que j’aime chez Ozon !

En plus, ici, le réalisateur procède à un mélange des genres inédit dans son cinéma – qui jusqu’ici collait toujours à un style unique au sein d’un film, même s’il changeait régulièrement d’un film à l’autre. On passe sans arrêt du registre du drame à la comédie, d’une ambiance lourde de thriller à la légèreté, d’une atmosphère presque fantastique au pur mélo. Il accumule des petits bouts de pleins de trucs qui semblent ne pas aller les uns avec les autres, et aboutit à un tout d’une grande cohérence.
Pareil pour le jeu des influences et des références, convoquant pêle-mêle le Vertigo d’Hitchcock, Almodovar, Xavier Dolan, Certains l’aiment chaud (de son aveu après le film) voire Mulholland Drive (d’après un spectateur). Là encore, ce n’est jamais lourd, genre « clin d’œil au spectateur, t’as vu un peu comment je connais mes classiques », mais totalement intégré dans le projet global du film.

La réussite du film doit aussi beaucoup aux acteurs, principalement Romain Duris dans son double rôle et Anaïs Demoustier, parfaite. Constamment à la limite de la caricature ou de l’archétype, sur le fil, ils arrivent toujours à trouver l’élément de jeu qui va permettre d’explorer les failles des personnages et d’illustrer les idées du scénario.
A noter aussi la musique très « Hermann-esque » de Philippe Rombi.

Dommage néanmoins que le film ait recours à une facilité de scénario indigne à la fin, qui gâche un peu le plaisir qu’on peut y prendre (SPOILER le mec/femme qui se réveille du coma comme une fleur et sort de l’hosto dans la foulée FIN SPOILER on me fera pas croire qu’il y avait pas un moyen de faire autrement !).
Mais qui n’enlève pas grand-chose à la grande réussite du film !

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