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Le cinéma est plus harmonieux que la vie, il n'y a pas d'embouteillages dans les films. Les films sont comme des trains qui filent dans la nuit (François Truffaut)


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LE TRANSPERCENEIGE de Bong Joon-Ho

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1 LE TRANSPERCENEIGE de Bong Joon-Ho le Dim 7 Juil - 15:21

Phil


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Adapté d'une bande-dessinée française, SNOWPIERCER est un ambitieux film de SF/action réalisé par le coréen Bong Joon-Ho (Memories of Murder, The Host...), en anglais avec des acteurs anglo-américains et son comparse Song Kang-Ho.

La bande-annonce promet beaucoup : une esthétique superbe, de la baston, la description d'un monde futuriste totalitaire... Ca risque d'être très bien ! (sortie chez nous le 30 octobre)

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Phil


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Y'a pas que la neige que ça transperce, ça troue le cul aussi !
Super film, et pas que parce que c'est spectaculaire et violent et beau. Mais aussi pour plein de raisons que je détaillerai demain dans une critique plus élaborée que mon jeu de mots pourri au dessus.

Note = 5,5/6

(arf, dommage pour Elysium, sur des thèmes proches, qui se fait enfoncer par le coréen)

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Phil


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En 2017, une substance chimique révolutionnaire permettant de contrer le réchauffement climatique est projetée dans l’atmosphère terrestre par 67 pays. Ca marche tellement bien que ça provoque une nouvelle ère glacière. 17 ans plus tard, le peu qu’il reste de l’humanité est concentrée dans un train à mouvement perpétuel roulant en boucle tout autour de la planète. Dans la locomotive, le concepteur génial du train, considéré comme in Dieu. Dans les wagons de tête, la classe privilégié, et en queue de train, le « pauvres » esclavagisés, qui ne vont pas tarder à se rebeller contre la classe dominante.

Sur un tel concept, on peut s’attendre à un gros film d’action/SF bourrin et spectaculaire, avec héros du peuple confronté aux vilains riches exploiteurs et scènes destroy à tous les étages. Ca donne le récent Elysium de Neil Blomkamp – (très) sympa mais quand même un peu limité (comme on l’a dit sur le sujet consacré au film : « la lutte des classes pour les nuls »).
Ou alors, on peut partir d’une BD française, confier le film à un réalisateur coréen (remarqué notamment pour Memories of Murder et The Host), prendre des acteurs anglo-saxons d’excellent niveau (Chris Evans, Ed Harris, Tilda Swinton, Jamie Bell, John Hurt…) + des coréens chouchous du réalisateur comme le grand Kang-Ho Song, tourner dans des pays de l’est avec les techniciens et artistes locaux de grande qualité, produire par des français et des coréens… et laisser infuser pour aboutir à quelque chose de différent.

Un film qui s’apparente sous certains aspects aux blockbusters américains habituels : avec une direction artistique hyper soignée et des images magnifiques, de bonnes scènes de bastons bien violentes, des séquences spectaculaires et des effets spéciaux nickel…
Mais qui s’amuse surtout à pervertir sans arrêt son propre système de l’intérieur. Snowpiercer, c’est vraiment la « vision » qu’a Bong Joon-Ho du gros film américain qui pète ; qui ne ressemble que de loin à ce que donnerait une production de grand studio à 150 millions de dollars sur le même matériau de base. Tout comme The Host était un “film de monstre” qui ne ressemblait pas aux films de monstres habituels. Ainsi, le film a son rythme propre, loin de l’hystérie et de la vitesse des productions courantes. Sans qu’on ne s’ennuie jamais, ça met un moment à démarrer, prenant le temps de poser l’univers et les personnages, de développer une atmosphère. De même, la conclusion du film s’articule autour de la parole, les rares moments d’action de la dernière demi-heure et la conclusion spectaculaire ne venant que pour appuyer la résolution du film qui se fait sous forme de dialogues. Entre les deux, les personnages progressent vers l’avant du train en traversant chaque nouveau wagon comme le niveau d’un jeu vidéo, dans un environnement et avec des enjeux à chaque fois renouvelés.

Cette structure aux antipodes du cinéma américain est accentuée par le ton du réalisateur, multipliant les pointes d’humour absurde et grotesque complètement décalés, en contrepoint d’une histoire et d’une ambiance d’une noirceur éprouvantes. Le monologue de Chris Evans à la fin avant de pénétrer dans la cabine du train restera comme ce qu’on a vu de plus dark sur un écran cette année. Et on entrevoit lors de la discussion finale entre le « héros » et le concepteur du train un revirement possible qui aurait achevé l’ensemble dans la misanthropie la plus extrême ; le film n’osera quand même pas s’engager dans cette voie (ferrée) en nous réservant une fin un peu plus optimiste (même si tout n’est pas gagné). Et puis, c'est pas parce que t'es un des personnages principaux et un acteur connu qu'il faut croire que t'as toutes les chances de t'en sortir - Bong n'hésite pas à buter n'importe qui pour faire avancer l'histoire !
Outre l’humour (noir), Bong multiplie les idées chtarbées (l’origine de la nourriture des habitants de queue, la séquence ahurissante de l’école…), les visions poétiques et originales. Et, sans être pour autant un sommet d’intelligence, le film se révèle relativement complexe sur le fond, développant une discours sur l’homme et la société dite civilisée qu’on n’a pas forcément coutume de voir non plus.

Ajoutons à tout ça la superbe musique de Marco Beltrami qui, contrairement au premier disciple de Hans Zimmer venu, sait mettre de la subtilité dans ses partitions pompières et agressives. Ici, notamment, en multipliant les recherches sur la rythmique et les influences diverses, et parfois par un traitement électronique de sa musique symphonique qui donne un résultat détonnant.

Ainsi, si le film n’est pas parfait (mais est le meilleur du réalisateur à mon avis), je l’ai trouvé indéniablement enthousiasmant et stimulant, laissant une impression de grand spectacle intimiste original et intelligent, malgré de minimes scories (sur lesquelles je n’ai même pas envie de m’attarder, n’en retenant que le positif).

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Phil


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Film revu en DVD hier et c'est marrant, on se rend encore plus compte à la seconde vision à quel point c'est un OVNI dynamitant de l'intérieur les codes du blockbuster, et à quel point ce film est précieux.
Parmi les bonus, des interviews très intéressantes des acteurs principaux où l'on voit aussi pas mal de scènes du tournage, et surtout le doc d'une heure "De la page blanche à l'écran noir". Qui prend le parti de ne pas décoller des basques des auteurs de la BD (enfin, le dessinateur et le scénariste des suites, Jacques Lob étant mort depuis belle lurette) suivant le projet de son concept à sa présentation à Séoul puis Deauville. Et est superbe (avec un constat amer sur l'état de la BD en France en prime)

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Vu hier soir en bluray et quelle claque !!
Je crois que t'as a peu près tout dit. Le seul point sur lequel je ne partage pas complètement ton avis concernant la fin un peu plus optimiste (même si tout n’est pas gagné). Ca reste très nihiliste !

Et les bonus sont vraiment passionnant voire touchant avec "De la page blanche à l'écran noir" et les auteurs qui "redécouvrent" ce qu'ils ont créés 3 décennies plus tôt. On a souvent parler du passage "impossible" d'un média à l'autre : Transperceneige en est le parfait contre-exemple !

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Phil


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La bande-annonce du nouveau film de Bong Joon-Ho, OKJA :




Qui crée la polémique à Cannes, où il va être présenté en compétition. Non pas pour son contenu, mais parce que c'est une production Netflix - qui sera diffusé sur la chaîne le 28 juin et dont la sortie en salle n'est pas prévue.

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Phil


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Cbyt a écrit:OKJA de Joon-Ho Bong

J'ai profité de mon dernier jour sur Netflix pour regarder le dernier Bong dont on a beaucoup entendu parler sauf pour l'essentiel son contenu : fable moderne pleine d'humanité, de sarcasme ... et de violence, qui pourrait presque ressembler à un long clip de propagande pour L214 ou La France Insoumise. Difficile de ne pas penser à l'Armée des 12 singes sur ce côté écolo et anti-capitaliste. J'ai lu E.T. ou Miazaky sur son côté humanité, c'est pas faux.
Si les idées ne sont pas neuves, il n'en va pas de l'approche de Bong qui propose un savant mélange de style sans jamais se prendre les pieds dans le tapis et tomber dans la démesure.
Un scénario bien écrit, une très belle mise en scène et un casting à la hauteur même si Jake Gyllenhaal est à la limite de la sortie de route.

Je ne sais pas si c'est bien ou pas que Netflix développe un nouveau modèle économique et si ça tiendra la route mais pour l'instant Okja comme War Machine, sans être les top films de l'année sont des productions sérieuses à l'image des séries déjà produites par la chaîne.


Pour ma part, j'ai été un peu déçu - peut-être parce que j'en attendais beaucoup (pour le film en soi, pas pour la polémique-Netflix-distribution-en-salles-festival-de-Cannes). Tout est relatif, puisque j'ai trouvé ça très bien; mais je m'attendais à quelque-chose d'énorme, que je n'ai pas vu. Comme tu dis, ça sera pas dans le top des films de l'année. Relatif aussi parce que c'est pas tous les jours qu'on voit ce type d'OVNI, et ça reste toujours plus intéressant qu'un film complètement formaté. C'est d'ailleurs là que le mode de production entre fondamentalement en jeu : en se voyant offrir une liberté (presque) totale par Netflix, Bong Joon-Ho fait vraiment ce qu'il veut, là où des producteurs classiques, plus frileux, auraient certainement stoppé ses ardeurs. 

En même temps, le délire personnel et cette liberté de ton, c'est aussi ce qui caractérise son cinéma. Et, d'un autre côté, j'aurais aimé qu'il profite un peu plus de cette liberté. On y retrouve bien son mélange des genres, ses montagnes russes émotionnelles, sa capacité à passer d'un registre à l'autre, de la violence et la pure féérie, de l'humour à la noirceur la plus profonde. Impossible de qualifier le film (si, en effet, c'est une sorte de fable satirique, mais il y a bien d'autres choses aussi), entre Totoro, Godzilla et Twelve Monkeys. Evidemment, c'est super bien réalisé, et c'est visuellement complètement bluffant - on n'est jamais en présence d'un téléfilm; c'est même plutôt du niveau d'un gros blockbuster qui sortirait au cinéma. 
Mais il y a aussi une certaine uniformisation visuelle, un côté "assagi". Il y a surtout, à mon avis, un problème de fond : pour la première fois de sa carrière que Bong peut faire absolument ce qu'il veut avec un budget énorme, on se rend compte que ce qu'il veut, c'est pas forcément ce qu'on avait pensé jusque là. Okja, c'est The Host en plus gentil. Or, ce qui me plaisait, perso, dans The Host, c'était pas la gentillesse - c'était la critique sociale, la perversion du film de monstre etc. Je me dis que s'il avait eu la même liberté sur Snowpiercer, il en aurait fait un film de SF amerloque lambda - pas le monument de sauvagerie et de noirceur qu'on connaît ! 

Et le jeu en totale roue libre de Tilda Swinton et Jake Gyllenhaal, ça fonctionne une scène sur deux... 

Pour aller vite : du 4/6, donc, là où j'espérais mon premier 6 de l'année (quoique, je sais pas si je vais pas remonter la note de Baby Driver au maximum - ça se décidera au moment de la revoyure à sa sortie officielle Smile)

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