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Le cinéma est plus harmonieux que la vie, il n'y a pas d'embouteillages dans les films. Les films sont comme des trains qui filent dans la nuit (François Truffaut)


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Les incendies visuels de Denis Villeneuve

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Phil


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On peut lire et entendre un peu partout que PRISONERS, second film du canadien Denis Villeneuve (et son premier film américain), est à rapprocher du Zodiac de David Fincher et de Mystic River d'Eastwood. A la vision du film, c'est clair qu'il y a carrément de ça.
Et d'un point de vue qualitatif, le film est pas loin d'atteindre leur niveau. En fait, c'est même rageant : en sortant de la salle j'en voulais à Villeneuve d'avoir loupé de peu le très grand film - à cause de la "demi-heure de trop" sur laquelle je reviendrai plus loin. On aurait pu avoir un chef d'oeuvre, on devra se contenter d'un très bon film. On a connu des satisfactions plus difficiles...

L'histoire, comme le film, est à mi-chemin entre le thriller et le drame sur un "sujet concernant". Dans une petite ville paumée de Pennsylvanie, deux familles fêtent Thanksgiving ensemble. Dans la joie et la bonne humeur, jusqu'à la disparition des deux petites filles de chacune des familles. Très vite, un policier opiniâtre arrête le principal suspect, un benêt au volant d'un camping-car aperçu sur les lieux. Qu'il doit relâcher vite, faute de preuves. Alors que les familles s'enfoncent dans l'angoisse et que l'enquête piétine, un des père de famille kidnappe, séquestre et torture le premier suspect, persuadé de sa culpabilité.

On le voit, ça a l'air joyeux, dit comme ça... Mais en fait, ce n'est rien par rapport au film en lui-même ! Le film est traité sur le mode de la tragédie, avec force larmes, sang, violence, douleurs. Un peu comme si un Paul Thomas Anderson s'intéressait à ce type de sujet et lui appliquait sa conception d'un cinéma "hénaurme". Villeneuve déploie une réalisation impressionnante et développe une atmosphère dérangeante, tout en alignant un certain nombre de séquences choc qui remuent les tripes. Visuellement, et aussi moralement - car c'est la force du film de brouiller les pistes concernant les agissements de ses personnages et de se tenir constamment sur la corde raide. Le film pourrait aussi se rapprocher de A History of Violence de Cronenberg - comme lui la vision d'un canadien sur son grand voisin étatsunien qu'il ne comprend pas, à travers le détournement d'aspects archétypaux de la société américaine (la fascination pour les armes dans AHOV, les serial-killer et l'auto-défense ici).
Les acteurs, là dessus, jouent avec l'Oscar en tête, et comme si leur vie en dépendait. Constamment au bord du suicide, en proie à des accès de violence ahurissants, Hugh Jackman est énorme. Jake Gyllenhaal est parfait aussi, dans un rôle qui pourrait être proche de celui qu'il tenait dans Zodiac, mais en plus torturé (on ne sait d'ailleurs pas pourquoi, et c'est pas plus mal de maintenir des éléments dans le flou).
Pendant 2 heures, qu'on ne vit pas passer, on assiste à un film éprouvant, qui met les nerfs à vif et scotche à son siège.

Mais le film dure 2h30 (là aussi dans la logique de faire un "gros" film). Et la demi-heure supplémentaire est donc de trop; non pas parce qu'on s'y ennuie, ce n'est pas le cas. Mais plutôt parce que cette demi-heure est consacrée à tous les aspects "explicatifs" du film, correspondant à un moment où on quitte la tragédie noirissime pour retomber dans un thriller plus classique. On est content d'avoir le fin mot de l'histoire, contrairement à Zodiac, mais il y avait peut-être des moyens plus légers (et plus rapides) de nous l'asséner.
Sans compter que cette chute de tension amène le spectateur à s'interroger plus à froid sur les agissements des personnages, et il n'est pas certain que la morale en sorte grandie. La fin du film nous réserve encore une superbe scène de conduite "sportive" sous la pluie, qui retrouve la force de tout ce qu'on a vu avant. Et si on craint à un moment le happy end foireux (il y a bien un semi happy end sur un aspect de l'histoire - qui lui passe très bien), le film se termine sur un plan ironique qui laisse la fin en suspens sur ce point. Ouf.

Note = typiquement le genre de film mettant mal à l'aise qu'on n'a pas envie de voir, mais qu'il faut voir parce que c'est bien foutu, 5/6
(j'avais le choix entre ça et le Kechiche, je pense avoir fait le bon choix ! Et que l'autre doit durer 10 fois plus en temps ressenti)



Dernière édition par Phil le Mar 10 Déc - 0:39, édité 1 fois

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J'ai un peu peur quand même. A choisir, je crois que je tenterai le poète maudit au nom à consonance maghrébine

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Phil


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Intrigué par cet impressionnant Prisoners, j'ai profité de son passage sur Arte pour voir le film précédent de Denis Villeneuve : INCENDIES. Et j'ai bien fait : c'est encore meilleur !

Le film raconte l'histoire de 2 jumeaux québécois qui découvrent à la mort de leur mère qu'ils ont un frère, et doivent partir à sa recherche, et retrouver leur père par la même occasion. Etant enfants d'une femme immigrée, ils retournent dans son pays d'origine, un pays du Moyen Orient jamais nommé mais qui est clairement le Liban. Là, leur enquête est menée en parallèle avec l'histoire de la mère, racontée en flashbacks.
Incendies fonctionne selon le même principe que Prisoners, à savoir utiliser les codes du film d'action et de suspense pour illustrer des thèmes "sérieux". Et comme le film suivant de Villeneuve, celui-ci multiplie les scènes chocs et les coups de poings dans la gueule; recourant aussi au twix final bien vu. Loin d'éloigner le spectateur du fond, et loin d'être du racolage, cette forme visant à l'efficacité pure sert à entraîner le spectateur dans un pays ravagé par la guerre civile entre chrétiens et musulmans. Et la démonstration de force de la mise en scène permet d'imprimer durablement les idées du scénario (c'est un peu plus complexe que "la guerre c'est mal", aussi !), d'accentuer le côté mythologique et tragique du film. A cet égard, la scène d'anthologie du film, lors de l'attaque d'un bus en plein désert, n'est pas seulement une des scènes "d'action" les plus fortes et les plus poignantes vues depuis un bon moment, mais aussi un cadre parfait à l'exposition de l'absurdité de cette guerre civile.

Comme Prisoners ensuite, c'est donc déjà très violent, très dur, très noir... et là, il n'y a pas la demi-heure de trop !
Les acteurs canadiens inconnus (sauf Rémy Girard) sont excellents, Lubna Azabal aussi, les arabes pareil. La musique est top - et on a droit à du bon Radiohead déprimant en bonus. C'est super bien réalisé et l'image est belle... Il faut aimer le cinéma "exacerbé" à la Inaritu par exemple, mais dans le genre, c'est le haut du panier (et bien meilleur sur des thèmes proches que L'Attentat, sorti l'été dernier).



Vais maintenant me débrouiller pour voir son film d'encore avant, Polytechnique - sur une fusillade dans une université canadienne, un sujet dont le réalisateur devrait encore tirer quelques chose d'intéressant.

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Phil


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Phil a écrit:Vais maintenant me débrouiller pour voir son film d'encore avant, Polytechnique - sur une fusillade dans une université canadienne, un sujet dont le réalisateur devrait encore tirer quelques chose d'intéressant.





Et encore un film mortel !

Dans un noir et blanc somptueux, le film décrit sur 1h17 tétanisantes le raid mortel d'un jeune sur une université dont il est convaincu de devoir éliminer toutes les "féministes" - tiré d'une histoire vraie survenue à Montréal en 1989. Si la réalisation est encore d'une précision et d'une efficacité phénoménale, Villeneuve ne cherche pas ici à utiliser les codes du film d'action. Son film s'apparente plus à l'expérience de Gus Van Sant sur Elephant - dont le film se rapproche beaucoup. Sans en avoir les côtés qui peuvent en énerver certains (pas moi, mais Cyrille par exemple); à savoir que le trip contemplatif ne prend jamais le pas sur la description du drame. Qu'on ne cherche pas à donner des explications vaseuses aux actes du tueur. Et que le film accumule, comme dans les films ultérieurs du réalisateur, les séquences choc qui laissent sur les genoux, dans une ambiance incroyablement violente et sombre. En même temps, le film offre des aérations qui permettent de ne pas étouffer, et s'appuie sur des flash-forwards autour de 2 survivants pour éviter de sombrer dans le pessimisme le plus noir.

Troisième film de Villeneuve que je vois, troisième choc - vivement son prochain Ennemy (avec à nouveau Jake Gyllenhaal, et entre autres, hum, Mélanie Laurent), qui devrait sortir l'année prochaine (c'est prévu pour mars aux states).
Et encore une preuve, s'il y en avait encore besoin, que le jeune cinéma canadien est bien un des plus passionnants du moment.


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Phil


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La bande-annonce du prochain film de Villeneuve, Enemy (qui promet de bien déchirer encore) :

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Phil


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Revu PRISONERS la semaine dernière, que j’ai trouvé encore meilleur à la seconde vision. Une fois qu’on sait que la dernière demi-heure explicative est moins forte au niveau de la tension, j’ai mieux apprécié la structure du film et me suis encore fait prendre à son piège implacable.


Et hier, on a regardé ça :



ENEMY, donc, dernier film en date réalisé par Denis Villeneuve, qui n’a pas encore de date de sortie en France mais est déjà disponible au Canada en vost (et là, le Canada n’est pas une ruse anti-hadopienne nase, vu que c’est bien là bas que le film est disponible ! Very Happy)

En effet, après son coup d’éclat américain, Villeneuve retourne dans son pays pour adapter à Toronto dans une coprpduction avec l’Espagne un roman portugais semi-fantastique ; et embarque dans sa besace un Jake Gyllenhaal bien parti pour devenir son nouvel acteur fétiche.
Le résultat est exactement à l’image de la bande-annonce déroutante qu’on peut voir ci-dessus (pour une fois, on ne nous ment pas sur la marchandise), un film étrange et sombre, une sorte d’oeuvre malade à la folie très contrôlée. A vrai dire, je ne vais pas m’appesantir dessus, déjà parce que je ne suis pas certain d’avoir bien compris le truc (à supposer qu’il y ait quelque chose à comprendre). Et ensuite parce que ça fait partie de ces expériences cinématographiques qu’il ne sert à rien d’analyser par les mots mais qu’il vaut mieux voir et ressentir (ou pas).

L’histoire paraît simple au premier abord : un professeur d’université remarque un jour à l’arrière-plan d’un film un acteur qui lui ressemble trait pour trait au point de paraître son clone. Il le contacte par curiosité, et entre les deux va vite s’installer une relation trouble d’attraction/répulsion. Jusqu’à ce que les repères se troublent, que chacun s’éprenne de la femme de l’autre et que leur relation devienne complètement étrange.
Il faut mettre de côté la première scène du film, et son dernier plan – qui chacun plongent inutilement dans un fantastique surréaliste inutilement appuyé et qui non seulement n’apportent rien mais desservent même le film. Entre ces deux pôles, par contre, le film ne décroche jamais de sa mécanique tordue et suis pas à pas la trace du double personnage de Gyllenhaal, de tous les plans ou presque, qui s’enfonce progressivement dans un cauchemar éveillé.

Comme dans ses précédents films, Villeneuve impose une mise en scène impressionnante, outrancièrement visible. C’est sa réalisation et ses plans composés avec une précision incroyable, secondé par une musique atonale et arythmique, qui créent cette ambiance oppressante. Villeneuve filme sans cesse des plans qui pourraient paraître anodins, où les gens font des choses normales, en les traitant comme si c’étaient des scènes de suspense ou d’horreur.
Le film fait indéniablement penser à celui qui doit être un des mentors du réalisateur, canadien lui-aussi – évidemment David Cronenberg (en plus de lui avoir pris l’actrice Sarah Gadon qui jouait dans ses deux derniers (mauvais) films, et dans celui (mauvais aussi) de son fils). Comme lui, Villeneuve pratique le décalage, duquel naît l’étrangeté, et crée une sorte de monde illusoire dans lequel tout est possible. L’angoisse naît alors de ce quotidien perverti, qu’on devrait reconnaître au premier abord mais qui nous semble étrange et sans lien avec la réalité. Sans compter que le thème du double, de la façon dont il est traité ici, rappelle souvent le grand Faux Semblants.
La manière dont la ville est filmée, aussi, comme une cité vide et épurée, étouffante et inhumaine, participe à l’atmosphère du film.

Un film superbement mis en scène, donc, avec un acteur principal excellent, de bons seconds rôles (à noter la présence de Mélanie Laurent, qui n’a pas grand-chose à jouer et le fait du coup très bien – en plus de nous offrir 2-3 scènes cochonnes qui font plaisir à voir), une ambiance déglingos, du revival de Cronenberg à son meilleur… et pourtant, je ne sais pas trop quoi en penser au final. Entre fascination et moments chiants, entre scènes impressionnantes et poses arty-intello gavantes, entre vrais trucs de malades qui laissent sur le cul et idées à la con ; le film est clairement celui que j’ai le moins apprécié du réalisateur jusqu’ici. Mais d’un autre côté, je me demande si c’est pas complètement conscient de sa part (genre pour pas se faire bouffer par le système après l’accueil réservé à Prisoners…). A voir de toute façon, parce qu’on n’a pas tous les jours l’occasion de se taper des films aussi barrés et aussi beaux à la fois (et puis ça dure seulement 1h30 tout pile).

Note = 4/6

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Tiens j'avais pas vu la suite du sujet, ça me donne bien envie de voir les autres films quand même tout ce que tu en dis

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Phil


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C'est plus des "films pour Philippe" quand même, mais tu peux tenter le coup ! Smile (surtout Incendies, je pense)

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Phil


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Courte interview de Denis Villeneuve par Mad :

http://www.mad-movies.com/Articles_DENIS_POUR_LE_PRIX_D_UN?autoplay=1#

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Phil


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"Evoquée depuis des lustres, la suite de Blade Runner prend soudainement forme ! Il est aujourd'hui confirmé qu'Harrison Ford, l'interprète du bourru Rick Deckard, sera de retour pour ce second volet.

Par ailleurs, après l'annonce du retrait de Ridley Scott, il fallait aux producteurs trouver un metteur en scène capable de dépeindre, voire comme pour le premier volet de révolutionner notre vision du futur. Ils l'ont trouvé en la personne du québécois Denis Villeneuve. Les responsables d'Alcon Entertainment Film ont en effet entamé des négociations avec le réalisateur de Prisoners et Enemy afin qu'il prenne en charge la destinée des Réplicants pour cette suite écrite par les scénaristes Michael Green et Hampton Fancher (déjà co-auteur du premier), d'après une idée de Fancher et Scott en personne.

Enfin, dernière bonne nouvelle : un tournage à l'été 2016 est d'ores et déjà évoqué par le Hollywood Reporter, renforçant donc le caractère "définitif" de cette annonce."


(source : Allociné - et l'info est confirmée par plusieurs sites)



Mouais... J'aime beaucoup Villeneuve, mais je le vois pas sur ce film. En fait, je vois pas l'intérêt du film, surtout !

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Phil a écrit:Revu PRISONERS la semaine dernière, que j’ai trouvé encore meilleur à la seconde vision. Une fois qu’on sait que la dernière demi-heure explicative est moins forte au niveau de la tension, j’ai mieux apprécié la structure du film et me suis encore fait prendre à son piège implacable.


Et hier, on a regardé ça :



ENEMY, donc, dernier film en date réalisé par Denis Villeneuve, qui n’a pas encore de date de sortie en France mais est déjà disponible au Canada en vost (et là, le Canada n’est pas une ruse anti-hadopienne nase, vu que c’est bien là bas que le film est disponible ! Very Happy)

En effet, après son coup d’éclat américain, Villeneuve retourne dans son pays pour adapter à Toronto dans une coprpduction avec l’Espagne un roman portugais semi-fantastique ; et embarque dans sa besace un Jake Gyllenhaal bien parti pour devenir son nouvel acteur fétiche.
Le résultat est exactement à l’image de la bande-annonce déroutante qu’on peut voir ci-dessus (pour une fois, on ne nous ment pas sur la marchandise), un film étrange et sombre, une sorte d’oeuvre malade à la folie très contrôlée. A vrai dire, je ne vais pas m’appesantir dessus, déjà parce que je ne suis pas certain d’avoir bien compris le truc (à supposer qu’il y ait quelque chose à comprendre). Et ensuite parce que ça fait partie de ces expériences cinématographiques qu’il ne sert à rien d’analyser par les mots mais qu’il vaut mieux voir et ressentir (ou pas).

L’histoire paraît simple au premier abord : un professeur d’université remarque un jour à l’arrière-plan d’un film un acteur qui lui ressemble trait pour trait au point de paraître son clone. Il le contacte par curiosité, et entre les deux va vite s’installer une relation trouble d’attraction/répulsion. Jusqu’à ce que les repères se troublent, que chacun s’éprenne de la femme de l’autre et que leur relation devienne complètement étrange.
Il faut mettre de côté la première scène du film, et son dernier plan – qui chacun plongent inutilement dans un fantastique surréaliste inutilement appuyé et qui non seulement n’apportent rien mais desservent même le film. Entre ces deux pôles, par contre, le film ne décroche jamais de sa mécanique tordue et suis pas à pas la trace du double personnage de Gyllenhaal, de tous les plans ou presque, qui s’enfonce progressivement dans un cauchemar éveillé.

Comme dans ses précédents films, Villeneuve impose une mise en scène impressionnante, outrancièrement visible. C’est sa réalisation et ses plans composés avec une précision incroyable, secondé par une musique atonale et arythmique, qui créent cette ambiance oppressante. Villeneuve filme sans cesse des plans qui pourraient paraître anodins, où les gens font des choses normales, en les traitant comme si c’étaient des scènes de suspense ou d’horreur.
Le film fait indéniablement penser à celui qui doit être un des mentors du réalisateur, canadien lui-aussi – évidemment David Cronenberg (en plus de lui avoir pris l’actrice Sarah Gadon qui jouait dans ses deux derniers (mauvais) films, et dans celui (mauvais aussi) de son fils). Comme lui, Villeneuve pratique le décalage, duquel naît l’étrangeté, et crée une sorte de monde illusoire dans lequel tout est possible. L’angoisse naît alors de ce quotidien perverti, qu’on devrait reconnaître au premier abord mais qui nous semble étrange et sans lien avec la réalité. Sans compter que le thème du double, de la façon dont il est traité ici, rappelle souvent le grand Faux Semblants.
La manière dont la ville est filmée, aussi, comme une cité vide et épurée, étouffante et inhumaine, participe à l’atmosphère du film.

Un film superbement mis en scène, donc, avec un acteur principal excellent, de bons seconds rôles (à noter la présence de Mélanie Laurent, qui n’a pas grand-chose à jouer et le fait du coup très bien – en plus de nous offrir 2-3 scènes cochonnes qui font plaisir à voir), une ambiance déglingos, du revival de Cronenberg à son meilleur… et pourtant, je ne sais pas trop quoi en penser au final. Entre fascination et moments chiants, entre scènes impressionnantes et poses arty-intello gavantes, entre vrais trucs de malades qui laissent sur le cul et idées à la con ; le film est clairement celui que j’ai le moins apprécié du réalisateur jusqu’ici. Mais d’un autre côté, je me demande si c’est pas complètement conscient de sa part (genre pour pas se faire bouffer par le système après l’accueil réservé à Prisoners…). A voir de toute façon, parce qu’on n’a pas tous les jours l’occasion de se taper des films aussi barrés et aussi beaux à la fois (et puis ça dure seulement 1h30 tout pile).

Note = 4/6


J'ai trouvé ça très mauvais... Ça pète vraiment plus haut que son cul

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Apparemment, Ryan Gosling jouera le rôle principal dans la suite toujours sans intérêt de Blade Runner...

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A Cannes où ils présentent Sicario, Villeneuve et l'immense chef op' Roger Deakins ont annoncé qu'ils retravailleraient ensemble sur la séquelle de Blade Runner. Bon, ça sera beau, déjà, on aura pas tout perdu...

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La bande annonce de Sicario :

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Vu INCENDIES. J'ai eu un peu de mal à rentrer dans le film, perdu dans les aller-retours entre passé et présent mais la scène du car remet tout en perspective. Le scénario est génial et la mise en scène énorme.

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Toutafé !

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"En pleine promotion de son thriller Sicario avec Benicio del Toro et Emily Blunt, le réalisateur de Prisonners s’est confié au journaliste Adam Chitwood de Collider durant le festival de Toronto sur Blade Runner 2 qu’il prépare actuellement avec Harrison Ford et Ryan Gosling.

Conscient du risque suicidaire d’un tel projet, le cinéaste québécois évoque la pression subie et son lien avec le chef d’oeuvre de Ridley Scott. « Cela me rends très nerveux. Lorsque j’ai appris que Ridley Scott voulait faire un autre film dans l’univers de Blade Runner, ma première réaction était qu’il s’agissait d’une idée fantastique mais qui pouvait être également très mauvaise. Je suis un fan hardcore de Blade Runner. C’est l’un de mes films préférés. L’origine de ma passion pour le cinéma. Moi et mes amis étions très excités par l’expérience que procurait le film. »



Villeneuve évoque également sa rencontre avec Harrison Ford. « L’un de mes acteurs préférés de tous les temps. » Ainsi que le challenge proposé par le scénario signé Hampton Fancher (co-scénariste du premier Blade Runner) et Michael Green (Green Lantern). « J’ai totalement conscience du challenge » avant de rajouter, inquiet, « Je sais que chaque fan se rendra au cinéma avec une batte de baseball. Je dois respecter cette oeuvre. J’ai pris le plus gros risque de ma vie en disant oui à ce projet. J’ai toujours rêvé de faire de la science-fiction depuis l’âge de 10 ans et j’ai toujours pris soin de dire non à de nombreuses suites (notamment Terminator) mais sur ce coup là je vais donner le meilleur. »

« Tout ce que je peux vous dire c’est que le scénario sera totalement autonome avec le film de 1982, Michael Green a fait un travail remarquable ». Par ailleurs le cinéaste se dit très heureux à l’idée de retrouver son chef opérateur Roger Deakins. « Roger rêvait de revenir à la science fiction depuis très longtemps, pour le convaincre de faire Blade Runner cela a pris 2,5 secondes. »

Le cinéaste de conclure « je ne peux rien dire plus avant l’été prochain. »
"

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Phil


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SICARIO vu en avant-première ce soir.
Scénario parfois un peu confus, et il y a des trucs qui se tiennent pas... Mais quelle claque ! Notamment visuelle (mais la musique est aussi terrible).
+ 2-3 scènes "d'action" qui marqueront longtemps (la scène d'ouverture, la fusillade à la frontière mexicaine, l'assaut dans le tunnel)

J'en reparle en détail demain !

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Dommage que ce soit juste incompréhensible, parce que c'est très bien sinon :-)

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Phil


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Et ça va encore être réévalué quand on aura vu le nouveau Chienmalade ! Smile

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Phil


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Il y avait bien des raisons d’attendre SICARIO de pied ferme, comme un des grands films de cette fin d’année. Les principales étant :
1/ c’est le dernier film en date de Denis Villeneuve, un de mes chouchous de ces dernières années (même si son précédent Enemy n’était pas top)
2/ les échos du film présenté au Festival de Cannes laissaient présager une grosse claque (même si le film est reparti bredouille. M’enfin, il suffit de regarder la gueule du palmarès pour que ce ne soit pas inquiétant pour autant).
Et donc, il y avait un risque de déception aussi…
Après l’avoir vu en avant-première, j’en suis sorti rassuré : la grosse claque a bel et bien été assénée !

Bon, commençons par dire que le film n’est pas parfait pour autant ; la faute à son scénario. Paradoxalement, c’est plutôt ce qu’on devrait louer au niveau de l’écriture, qui fait que le film ne fonctionne pas toujours à 100%. Comprendre que le scénario est très complexe – ce qui pourrait être une qualité, mais se retourne par moments contre le film parce que cette complexité n’est pas toujours bien gérée. Si on peut comprendre de quoi il retourne avec un effort de volonté (bon point), il s’avère que quand on y réfléchit à tête reposée, certains éléments ne collent plus (mauvais point). De plus, la manière dont le personnage d'Emily Blunt est rattaché à l’intrigue est artificiel et entraîne des incohérences.
Dommage, parce que le thème de la lutte des Etats-Unis contre les cartels de la drogue trouve ici des prolongements inhabituels, et se double de considérations politiques et économiques très intéressantes. Mais abordées de façon brouillonne.

Mais à part ça… Fouyaya, quel film !
On savait Villeneuve adepte d’une mise en scène imposante, il pousse ici encore plus loin ses expérimentations visuelles. Notamment les scènes d’action qui rythment régulièrement le film, et qui resteront longtemps dans les esprits. Des scènes à la violence sèche, dans lesquelles le spectateur est totalement immergé et qui en deviennent étouffantes. La scène d’ouverture, la fusillade à la frontière mexicaine, l’assaut dans le tunnel, et même le règlement de compte final – pour le coup dans un hors-champ aussi puissant que les séquences plus frontales qui le précèdent) – autant de morceaux de bravoure qui laissent sur le cul.
Haletant, le film l’est constamment, même en dehors de ses séquences explosives. C’est le genre de film où une simple discussion entre deux personnages peut révéler une tension insoutenable. Sans compter les séances de tortures et/ou d’arrestations musclées. Le film a aussi recours à un humour très noir via le personnage de Josh Brolin, très ponctuel, qui rend le tout encore plus dur. Là encore, la réalisation de Villeneuve, très précise et ample, tire le meilleur parti de chaque scène.

Il faut aussi parler du somptueux travail de Roger Deakins, probablement le meilleur chef opérateur américain actuel. L’image du film est absolument magnifique, avec ses couleurs hyper saturées et des contrastes qui font ressembler certains plans à des tableaux. Deux ou trois fois, Deakins et Villeneuve se lâchent dans des expérimentations étranges, comme la séquence d’attaque de nuit filmée à travers les lunettes thermiques et à vision nocturne (Mac Tiernan l’avait fait il y a 15 ans dans Rollerball, mais c’est poussé encore plus loin ici), et le résultat est là aussi superbe. D’autant plus que la forme rejoint alors le fond ; ce qui devrait être le lot de tous les films, mais est suffisamment rare, finalement, pour être signalé.
La musique oppressante de Johan Johansson (déjà à l‘œuvre sur Prisoners) vient encore ajouter au trouble général qui se dégage du film.
Et les acteurs sont tous impeccables. Villeneuve a même réussi à éviter un cabotinage de Benicio del Toro qu’on aurait pu penser inévitable – au contraire, l’acteur est d’une sobriété impressionnante.

On n’est pas loin de la réussite totale, donc (et c’est rageant de passer juste à côté !).
Et en tout cas, il faut aller voir Sicario – c’est pas tous les jours que le cinéma américain (via un réalisateur canadien) nous offre quelque-chose d’aussi solide et efficace !

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Du point de vue de l'action et de la mise en scène c'est une véritable claque. Côte scénario, c'est pas tant que j'ai trouvé ça complexe, mais plutôt que ça part d'une idée plutôt abracadabrante comme quoi la CIA embaucherait des tueurs à gage issus de cartels de drogue pour faire le boulot hors des frontières, du coup, il faut sans cesse tenter de se raccrocher aux branches pour en faire quelque chose de réaliste (je ne sais pas si le clin d'oeil est volontaire d'avoir un Benicio del Toro campé un tueur du cartel de Medellin alors qu'il sort tout juste d'un film où il prenait les traits de Pablo Escobar). 
On pourrait également trouver douteux la légitimité de la torture et de l'exécution de femmes et enfants ... personnellement ça ne me dérange, ça ne reste que du cinéma mais bon certains films se sont fait défoncés pour moins que ça.

Je retiendrais surtout d'avoir été scotché pendant 2 heures à mon fauteuil. 
Je ne sais pas si la suite qui est prévu pour l'année prochaine sera aussi passionnante ...

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Phil


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Il y a clairement un problème de scénario, du fait que j'ai pas l'impression que le film dise les même choses que toi ! J'y ai plutôt vu pour ma part le constat (probablement véridique) que les Etats-Unis ne cherchent pas réellement à lutter contre la drogue - parce qu'ils savent qu'il ne peuvent rien de ce point de vue là. Mais qu'ils préfèrent manipuler les cartels et la situation géopolitique de leur voisin pour placer à la tête des cartels les gens qui les "arrangent".

Avec le recul, le vrai problème, à mon avis, vient clairement du personnage d'Emily Blunt. Qui nous est présenté comme une femme forte au départ, et qui se fait complètement manipuler. Tout ce qui tourne autour de cette manipulation n'est pas toujours bien géré.

Après, ça reste surtout un formidable exercice de mise en scène, et nous offre quelques unes de plus belles scènes qu'on aura vu au cinéma cette année. (la scène du convoi à la frontière, m'en suis pas encore remis ! Ni le plan des soldats avançant vers le tunnel dans la nuit...)

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Phil a écrit:Il y a clairement un problème de scénario, du fait que j'ai pas l'impression que le film dise les même choses que toi ! J'y ai plutôt vu pour ma part le constat (probablement véridique) que les Etats-Unis ne cherchent pas réellement à lutter contre la drogue - parce qu'ils savent qu'il ne peuvent rien de ce point de vue là.
J'ai lu une interview il y a quelques temps d'un ancien des services secrets américains qui fait office, entre autres, de conseiller sur certaines productions et parlait entre autres de Sicario ou Homeland dans un autre genre qui s'arrangeait très facilement avec la vérité tout en donnant une vision très réaliste aux spectateurs. Trafic ou Narcos donnent une vision beaucoup plus sincère du narcotrafic.
Mais au fond ce qui compte, et je pense que c'est le but de Villeneuve, c'est d'offrir un gros film d'action et pour le coup c'est réussi !


Phil a écrit:Avec le recul, le vrai problème, à mon avis, vient clairement du personnage d'Emily Blunt. Qui nous est présenté comme une femme forte au départ, et qui se fait complètement manipuler. Tout ce qui tourne autour de cette manipulation n'est pas toujours bien géré. 
Son personnage est censé incarné la bonne conscience mais il faut avouer qu'on a parfois du mal à y croire. K. Bigelow s'en sortait beaucoup mieux avec le personnage à peu près similaire incarné par Jessica Chastain dans Zero Dark Thirty.

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