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Le cinéma est plus harmonieux que la vie, il n'y a pas d'embouteillages dans les films. Les films sont comme des trains qui filent dans la nuit (François Truffaut)


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L'odyssée de Stanley KUBRICK

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1 L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 0:38

Phil


Admin
Ca va être vite dit :

SHINING.
En version longue.
Au cinéma (dans le cadre de "UGC Culte", tous les troisième mercredi du mois un classique sur grand écran à la Def).

L'extase.

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2 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 0:38

Phil


Admin
(faudra que je recopie ici mes critiques écrites lors du visionnage de l'intégrale du maître l'année dernière)

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3 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 10:58

Phil


Admin
En cette période de commémorations Kubrickiennes, m'est venue l'envie de me retaper l'intégrale du maître, dans l'ordre. (on a connu des défis plus difficiles à tenir !)

Début de mon cycle Kubrick, donc, avec "LE BAISER DU TUEUR" (Killer's Kiss, 1954).

On a beaucoup lu/vu/entendu que les premiers films de Kubrick (post "Fear and Desire") constituaient la matrice de son cinéma à venir. C'est une évidence dès ce premier "vrai" film professionnel, filmé à l'arrache dans une New York nocturne, et profondément ancré dans la matrice du Film Noir.

C'est tout aussi vrai qu'il n'est pas certain que sans le nom de Kubrick au générique, le film serait resté dans les annales du cinéma. Pas grand-chose ne le distingue en effet des dizaines et dizaines de polars qui fleurissaient sur les écrans à l'époque - de même qu'il n'atteint pas le niveau des grands chefs d'oeuvre du genre sortis en gros au même moment (un seul exemple : "Quand la ville dort", qui le défonce à plate couture sans aucun problème). Et pis c'est quoi ce happy end ??

Mais, tout de même, c'est vraiment du bon polar - dans le haut du panier du genre. En 65 minutes expéditives et tendues, Stanley développe tout le catalogue qui va bien : femme fatale, ambiance sombre, boxe, petits truands et gros caïds, histoire d'amour et de meurtre, flashbacks et voix-off... Et l'inéluctabilité du destin, les hasards et les petits détails qui s'articulent pour modeler le devenir des personnages; grands thèmes kubrickiens par excellence qui pointent déjà ici. Même si le réalisateur en donnera surtout une variation personnelle et splendide dès son film suivant, "L'Ultime Razzia".

Et quelques scènes, déjà, qui montrent qu'on n'a pas un manchot derrière la caméra - notamment la célèbre baston finale dans l'usine de mannequins. (mais aussi les scènes de rêves, les matches de boxe, les séquences dans le dancing...)
A noter aussi que Kubrick, dès ce film, assure la plupart des postes techniques. Et s'il n'a pas encore les coudées franches ni les moyens de ses ambitions, la maîtrise affichée par le petit jeune est déjà impressionnante. Ce qui n'a plus rien d'étonnant de nos jours, mais en a laissé plus d'un sur le cul à l'époque.

Note = 4/6





(L'ULTIME RAZZIA - THE KILLING, 1955)

Un casse qui tourne mal, les truands qui s'écharpent pour le partage du butin, un plan minutieux reconstitué en flashback, raconté du point de vue successif de chacun des protagonistes, avec une structure en forme de puzzle où les scènes se recoupent et se retrouvent dans n'importe quel ordre... Ca vous dit quelque chose ? Non, ce n'est pas "Reservoir Dogs" de Tarantino, mais son modèle officieux, "The Killing" de Stanley Kubrick.

Comme pour son premier film, Stanley reprend les éléments constitutifs du Film Noir - et plus particulièrement du film de casse (caper movie). On retrouve à nouveau le groupe de truands, la femme fatale qui va tout faire capoter, le maillon faible du groupe, l'agencement précis de chaque partie du plan pour aboutir à son succès, le petit grain de sable qui va faire dérailler la machine...

Mais Kubrick dynamite tout ça et part dans des directions inattendues, passant pour cela par deux biais. En grand joueur d'échec, il s'amuse à
raconter son film de manière éclatée, chaque scène prenant un relief supplémentaire de par la manière dont elle est agencée avec les autres (sans compter les séquences qui se répètent selon le point de vue de l'un ou l'autre intervenant dans le plan). Le film noir se double d'une dimension ludique qui éveille constamment les sens et l'intérêt du spectateur.
Avec ça, Kubrick fait déjà montre de sa maîtrise technique et visuelle, plus encore que dans "Le Baiser du Tueur". Associé à James B. Harrs au sein de leur jeune boîte de production, il est libre de filmer comme il veut. Et il se lâche dans de superbes travellings, de magnifiques images en clair-obscur, et déjà ses plans millimétrés et symétriques (voir par exemple le tout dernier plan du film, à tomber par terre).

Si on y ajoute un casting en béton (mené par un impérial Sterling Hayden), une direction artistique superbe, on tient là le premier (très très) grand Kubrick. Une véritable bombe, un de mes films préférés du maître, à mon avis même supérieur à pas mal de "chefs d'oeuvre officiels" qui suivent.
Et ça, c'est évidemment aussi grâce à la fin du film, mythique, un sommet d'ironie illustrant le sens de la vie selon Kubrick. Une vie soumise aux aléas du hasard, dans laquelle même le plan le mieux conçu peut glisser sur une toute petite peau de banane posée là par inadvertance.
Une soumission aux aléas à laquelle Kubrick essaiera d'échapper toute sa vie à travers ses films et son obsession du contrôle absolu. De l'art pour combattre la réalité des faits.

Note = 5,5/6







(LES SENTIERS DE LA GLOIRE - PATHS OF GLORY, 1957)

On a beaucoup parlé, à raison, de la capacité de Kubrick tout au long de sa carrière de s'approprier les genres les plus divers et d'en changer à chaque film. Malgré tout (et au delà du fantastique et de la SF qu'il a abordé à plusieurs reprises), c'est bien le Film de Guerre qui a marqué sa filmographie de l'empreinte la plus importante. Que ce soit directement (Les Sentiers de la Gloire, Full Metal Jacket, Docteur Folamour) ou indirectement (Spartacus, Barry Lyndon...).

"LES SENTIERS DE LA GLOIRE" apparaît alors comme un film important dans l'ensemble Kubrickien, à plusieurs titres, mais surtout parce que c'est donc son premier film de guerre. Et qu'il est en cela le prototype de l'oeuvre à venir (on y trouve plein d'éléments qui seront développés par la suite - un seul exemple : l'idée que "Le fusil est l'ami du soldat", qui trouvera son prolongement dans FMJ par le nom donné par les GI's à leurs flingues).
Prototype aussi en ce sens qu'il marque la fin de ce qu'on peut considérer comme "la période d'apprentissage du cinéma" de Kubrick. Si ses premiers films sont des brouillons de ceux à venir, comme je le dis plus haut, celui-ci est certainement le premier film purement Kubrickien. On peut s'amuser à comparer - non seulement la manière dont il est filmé, mais aussi la construction du scénario, les personnages, les thèmes et leur traitement... - à "Eyes Wide Shut", son dernier film : ben c'est fait pareil, 40 ans avant. D'ailleurs, après un détour par la superproduction hollywodienne Spartacus, Kubrick s'appuiera ensuite sur ce film pour asseoir son indépendance et dès Lolita faire les films qu'il veut, de la manière dont il veut les faire. Et ce, malgré le fait que ces Sentiers marquent la fin de sa collaboration avec James B. Harris - Kubrick sera ensuite le seul cas poussé à ce point d'indépendance au sein d'un grand studio, la Warner.

Mais à part ça, que vaut le film en lui-même, indépendamment de la carrière du génie ?

Doté d'une réputation en acier trempé, souvent considéré comme un des meilleurs films du réalisateur (voire LE - rien que ça !), "Paths of Glory" est évidemment un gros morceau de grand Cinéma, malgré sa courte durée (1h24) et son aspect "petit film fauché". Kubrick y dénonce comme personne l'absurdité de la guerre, la folie des hommes, les excès du pouvoir, les petites bassesses de la société... Le tout à grand coup de travellings dans les tranchées, de plan-séquences hallucinants au coeur du champ de bataille, de plans d'une précision démoniaque notamment lors du procès des "lâches".
Kubrick alterne le milieu des salons dans les grands châteaux où se décide la politique et se jouent les trahisons, et la crasse des tranchées où l'on meure sous les bombes et les gaz allemands. Mais en les filmant de la même façon, il ne les oppose pas; pour mieux montrer que la guerre se joue aussi bien sur les deux tableaux - et autant avec des mots et des décisions que la baïonnette au canon.

Malgré ça, en ce qui me concerne, ce n'est pas un de mes Kubrick préférés. Evidemment, c'est monstrueusement bien filmé, et intelligent, et scotchant, et les acteurs sont bons (Kirk Douglas excellent, même), et Kubrick is God.
Mais pour moi il y manque le petit quelque chose qui fait accéder ses meilleurs films au rang d'oeuvres géniales et de la race supérieure du cinéma. Je ne saurais pas dire quoi - mais comme je l'ai dit, c'est un film fait comme les Kubrick suivants, mais qui ne provoque pas le même frisson.
Pas grave, c'est quand même mortel.

Il faut noter aussi que le réalisateur qu'on a souvent qualifié de froid et inhumain (à raison, là aussi) termine son film sur la note la plus humaine, justement, de toute sa filmographie. Lorsque la future femme du réalisateur chante une chanson allemande dans une garnison de soldats français avant qu'ils retournent au front, que les rires et sarcasmes se taisent pour laisser la place aux chants et aux pleurs; une vraie émotion naît chez les spectateur. Qui illustre, dans ces dernières secondes du film, tout le discours anti-guerrier du réalisateur, mieux que n'importe quelle démonstration précédente.

Note = 5/6

(PS : je ne reviendrai pas sur l'interdiction du film en France pendant 20 ans, sous prétexte de l'image donnée de l'armée française pendant la première guerre mondiale. Si ce n'est pour soulever le fait que c'est une preuve supplémentaire qu'on a encore bien des efforts à faire dans la représentation de notre histoire "honteuse".)






(SPARTACUS, 1960)

Bon, même un Phil au sommet de sa forme en matière de mauvaise foi ne va pas tenter ici de démontrer à quel niveau ce "film de commande" de Kubrick est en fait un film purement Kubrickien, tu 'ois, au fond, en cherchant bien.
Non, Spartacus est un péplum pas tellement différent de tous ceux que le cinéma américain nous a offerts pendant 30 ans au moment de son âge d'or. Ce n'est pas un film très Kubrickien, appelé en renfort par Kirk Douglas (qui venait de jouer dans "Les Sentiers de la Gloire" et avait été plus qu'impressionné par le jeune réalisateur) en remplacement d'Anthony Mann qui n'arrivait pas à se dépatouiller de l'énormité du projet. C'est peut-être le moins bon film du réalisateur, parce que son moins personnel et celui où les contraintes imposées ont été les plus difficiles à détourner pour son "projet". Même les constantes de son cinéma (la vision de la guerre notamment) sont illustrées sans éclat.
Et puis, les aspects les plus intéressants du film ne sont pas forcément dûs à Kubrick : le scénario très politique de Dalton Trumbo, la musique héroïque d'Alex North, le générique et le travail visuel de Saul Bass...

Néanmoins, comme le Cléopâtre de Mankiewicz ou le Ben Hur de Wyler, on peut quand même voir ici ce qu'un réalisateur un peu plus génial que les autres peut faire d'un matériau banal. Soit le tirer vers le haut, sans forcément le transfigurer et en faire un truc génial.
Donc, ok, c'est un gros machin en costumes de trois heures, empesé, avec tous les passages obligés du genre. Mais c'est quand même mieux foutu que le premier Hercule venu. Les scènes de bataille "géométriques" n'auraient certainement pas eu la même gueule faites par un tâcheron. Peut-être que les acteurs n'auraient pas été aussi bon dirigés par un autre. Quelques éclairs de subversion anti-commerciaux viennent clairement du traitement de Kubrick (la fameuse scène "censurée" de la discussion sur les huîtres et les escargots, le bras coupé et des pics de violence dans la bataille des esclaves contre Rome...).

Ca fait toujours plaisir à revoir dans le cadre de l'intégrale du réalisateur, mais c'est quand même assez accessoire.

Note = 4,5/6






Dernière édition par Phil le Jeu 21 Mar - 11:33, édité 1 fois

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4 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 11:00

Phil


Admin
(LOLITA - 1962)

C'est après l'expérience frustrante de Spartacus que Kubrick devient LE Kubrick qu'on connaît, rebelle au système, ermite génial reclus loin des studios, auteur-producteur-réalisateur-monteur qui fait ses films comme il veut, quand il veut, et sans se préoccuper du reste.
A seulement 33 ans, le new-yorkais s'exile en Angleterre, et n'en reviendra plus jamais (s'il fera quelques voyages dans les premières années, il n'a pas mis les pieds hors du Royaume Uni durant les 20 dernières années de sa vie).
Et ceci pour y tourner l'adaptation d'un roman qui parle pourtant du fond de l'âme et de la société américaines, l'incitant alors à recréer son pays dans les studios d'Elstree près de Londres (plus tard, ce sera la même chose lorsqu'il reconstituera au même endroit le New York de sitcom de Eyes Wide Shut).
Paradoxalement, le film marque aussi sa dernière collaboration avec James B. Harris au sein de leur boîte de prod, et sa première expérience de "cinéaste indépendant au service d'un grand studio".

Il lui fallait cette liberté maximale pour porter à l'écran en toute liberté le sulfureux "LOLITA" de Vladimir Nabokov. Avant même la mise en route du projet, la censure américaine lui met des bâtons dans les roues, et les ligues de décence se déchaînent. Il faut dire qu'oser l'histoire d'un amour pédophile entre un homme mûr et une fille de 12 ans, aujourd'hui encore c'est pas gagné, alors au tout début des années 60...
Kubrick avait déjà approché Nabokov à la sortie des "Sentiers de la Gloire", mais celui-ci avait refusé de se rattacher au projet. Courant 1960, le réalisateur relance l'écrivain, et cette fois, c'est la bonne. L'auteur du livre rend alors un scénario de 400 pages pour un film de 12 heures, dans lequel Kubrick est obligé de faire de grandes coupes. Il aboutira tout de même à un film de 2h30... Mais surtout, il obtiendra le visa de Nabokov sur son film, qui approuvera totalement son adaptation et validera tous les changements effectués par rapport à son livre. Contrairement à ce qui se passera plus tard avec King, la fidélité de Lolita-le film à Lolita-le livre est totale dans l'esprit, si ce n'est dans la lettre (il y a quand même pas mal de changements entre les deux médias).

On a beaucoup discuté, à l'époque et encore aujourd'hui, sur le changement majeur apporté par Kubrick, portant sur l'âge de Lolita. Par rapport aux codes de la censure, Kubrick ne pouvait évidemment pas choisir une actrice trop jeune. Sauf que, en fait, il n'y a pas une si grande différence que ça. Le livre avait fait un tel scandale à sa sortie que, dans l'inconscient collectif, Lolita était une très jeune enfant. Mais elle a en fait 12 ans dans le livre, et Sue Lyon qui l'interprète au cinéma n'en a que 2 de plus.
Sur ce point précis, souvent le plus décrié, Kubrick se révèle totalement fidèle à Nabokov.

C'est plutôt sur la structure du film, et sur sa tonalité générale, que le plus gros travail de transposition de l'écrit à l'écran a été effectué. Et là, vraiment, pour des questions liées à la censure et aux limites de ce qu'il était possible de montrer à l'écran.
Parce qu'il ne peut pas montrer de sexe explicite, et qu'il doit même ruser pour ne serait-ce qu'en parler, Kubrick a recours à tout un tas de tours visuels et scénaristiques assez astucieux. Mais surtout, il va transformer le drame du livre en une sorte de satire grotesque de l'american way of life, qui pulvérise les valeurs familiales et morales de la société américaine.
Pour cela, son arme principale sera le développement du rôle de Clare Quilty, interprété par Peter Sellers. Régulièrement, Sellers interviendra dans le film, souvent avec un déguisement et une imitation (savoureux professeur Zemph, qui préfigure le Docteur Folamour), pour tirer le film du côté de la comédie noire et cynique. La modification la plus importante et la plus symbolique, est d'avoir placé le meurtre de Quilty par le personnage principal Humbert Humbert au début du film (c'est la dernière scène du roman). Ainsi, Kubrick détourne le "suspense sexuel" du roman en un suspense pur. La question n'est plus de savoir si Humbert va se taper Lolita (ça, c'est évacué génialement dans une scène de motel anthologique), mais pourquoi il en vient à tuer Quilty.
Ca n'empêche jamais le film de parler du sujet que tout le monde attend, mais le côté comédie grotesque permet souvent de faire passer la pilule en douceur.

D'un point de vue personnel, et comme pour "Les Sentiers de la Gloire", je suis pas aussi gag-fana-à-tomber de Lolita que le voudrait la critique et l'exégèse Kubrickienne. Et là encore, il s'en faut de peu - je comprends aisément les gens qui parlent ici de premier vrai chef d'oeuvre dans la carrière de Kubrick, et qui s'extasient sur le film. Oui, c'est une évidence, c'est bien "le premier pur Kubrick tel qu'on conçoit les films de Kubrick, oeuvres imposantes et monstrueuses". Visuellement, c'est sublime. Les acteurs sont fabuleux (la jeune Sue Lyon ne s'en remettra jamais vraiment, James Mason a rarement été aussi bon, et Shelley Winters n'en parlons pas...). Dans son obligation de se plier à des conventions et des carcans rigides, le film se révèle d'une audace incroyable.
Mais il y manque quand même à mon avis la vision démiurgique des plus grands films du réalisateur - cet aspect universel et monumental qu'on lui a tout aussi souvent reproché, mais qui est ce qui me fascine au plus haut point chez lui. Peut-être que le sujet de Lolita est trop humain pour un réalisateur dont la plus grande force est justement de se placer au dessus de l'humain, pour parler de choses tellement plus grandes.

Après, ça reste assez grandiose, hein... (et puis y'en a pas beaucoup des films de 2h30 dans lesquels il se passe pas grand-chose mais où on s'ennuie pas une demie-seconde).

Note = 5/6






(DOCTEUR FOLAMOUR - 1963)

A revoir pour la centième fois, 50 ans après sa réalisation, ce qui est considéré comme un des meilleurs Kubrick et régulièrement classé dans la meilleurs films de l'histoire, on se demande bien par quel angle l'attaquer...
Choisissons donc l'angle de la comédie satirique, puisque c'est finalement ce qui caractérise le plus ce film, à la fois dans l'oeuvre de Kubrick (c'est son seul film ouvertement voulu comme drôle - même si quasiment tous ses films baignent dans le même humour noir cynique), et en soi. On sait en effet que le film est adapté du roman "'Red Alert", très sérieux, et que le scénariste-réalisateur a choisi très vite de le traiter sur le mode ironique. Avec une explication logique voulant que paradoxalement personne ne pourrait croire à une telle histoire si elle était traitée de manière réaliste et sérieuse.

"Docteur Folamour "est donc un film paradoxal : une comédie sur le péril nucléaire, se terminant en annihilation totale de l'humanité, avec savant fou ancien nazi, militaires bornés, président américain débile et russes alcoolos. Un film sensé faire rire, donc, sur des sujets absolument pas drôles. Ce qui est le propre de la satire, un domaine très peu abordé au cinéma car très casse-gueule et difficile à réussir sans se vautrer.
Mais c'est aussi un paradoxe cinématographique, en ce sens que Kubrick, qu'on a souvent décrit comme le mec le plus sérieux du cinéma, se met ici en tête de faire rire ses spectateurs. Et, de fait, "Docteur Folamour" n'est pas vraiment drôle. Je veux dire qu'on y rit pas à gorge déployée comme dans un Monty Python (ou un Dany Boon, nan j'déconne !). Chassez le naturel, il revient au galop : Kubrick ne peut pas s'empêcher de faire du Kubrick, et de traiter sa comédie comme si c'était un film de guerre.

C'est justement pour ça, encore un paradoxe, que "Docteur Folamour" est aussi génial. N'importe quel réalisateur, même parmi les plus grands, qui ferait une "comédie pas drôle", serait taxé d'avoir raté son coup. Pas là.

Premièrement parce que le but n'est pas de donner des crampes au spectateur. Kubrick préfère l'ironie légère, le second degré cynique, l'humour léger, à la grosse farce. La preuve ultime en est donnée via la fameuse séquence de bataille de tartes à la crème dans la War Room - qui a nécessité un gros budget et 8 jours de tournage, avant d'être sucrée du film ! Tout simplement parce que cette scène purement burlesque ne collait pas avec le ton du film, où Kubrick a préféré privilégier, en gros, le sourire crispé au rire gras.

Deuxièmement, parce qu'au delà de l'humour, Kubrick livre ici un de ses film-monstres, visuellement et dans le fond. Pas étonnant que le film ressorte toujours dans ses meilleurs, tant il est un archétype du cinéma Kubrickien.
Encore une fois, Kubrick aborde ici l'idée du plan précis qui rippe sur un détail, de la mécanique complexe qui se détraque, et entraîne le chaos et la destruction. Sauf que cette fois, la destruction entraînera la fin de l'humanité par le déclenchement de la "Doomsday Machine" des russes. Ca va donc plus loin que le casse de "The Killing", la vision du couple de "Eyes Wide Shut" ou les guerres de tous ses films de guerre (mais c'est pas non plus le destin de l'univers qui se joue comme dans 2001 !). Films dont se rapproche bien sûr celui-ci dans ses thématiques.
Mais c'est surtout du point de vue de la réalisation que le film est caractéristique de son auteur. Libéré de toute contrainte suite à son exil anglais pour Lolita et le succès commercial de celui-ci, Kubrick laisse ici libre cours à son obsession maniaque du détail, à son souci de la précision, à sa folie de la mise en scène millimétrée. Tout y sonne réaliste, en tout cas crédible, et chaque élément visuel est pensé et calibré jusque dans les moindres détails. L'anecdote la plus célèbre à propos du film raconte que Ronald Reagan a demandé à voir la War Room de la Maison Blanche lors de son élection en 1980, avant qu'on lui explique que l'hallucinant décor était une invention de Kubrick et son décorateur Ken Adam ! De même, le Pentagone s'est inquiété des sources du film en voyant l'intérieur du bombardier plus vrai que nature, alors qu'il s'agissait d'une invention complète du réalisateur.

Ajoutons à ça des numéros d'acteurs fabuleux - à commencer évidemment par Peter Sellers, qui tient trois rôles (il devait même jouer le major Kong dans le bombardier, mais ne le sentait pas et s'est cassé la cheville exprès pour qu'on ne puisse plus lui demander de jouer cette partie plus physique que les autres !) et y déploie toute l'étendue de son talent. L'acteur anglais le plus dingue de l'histoire se lâche au maximum de ses capacités d'imitation, d'improvisation et de délire, et c'est très fort.
De même pour George C. Scott, dont Kubrick n'a gardé que les scènes les plus hystériques et outrancières (à son grand désespoir). Ou Sterling Hayden, Slim Pickens, Paul Bull, et les autres, tous parfaits.

En ce qui me concerne, je ne le classe pas dans le lot de tête des chefs d'oeuvre immortels du maître (Orange Mécanique, 2001, Shining, Full Metal Jacket, Eyes Wide Shut), mais juste après, en compagnie des films qui feraient mourir d'envie n'importe quel réalisateur mais un chouïa en dessous de ce qu'on est en droit de demander à Stanley (avec Barry Lyndon, L'Ultime Razzia, Lolita, et Les Sentiers de la Gloire, dans cet ordre).
Note = 5/6, donc.





(2001 L'ODYSSEE DE L'ESPACE - 1968)

D'autres, bien nombreux et bien meilleurs que moi, se sont coltinés à critiquer/expliquer/décrypter/analyser ou tout simplement rendre compte de 2001... Je n'irai pas tenter de rajouter ma prose à celle déjà monumentale sur ce film monumental.
Pur aveu d'impuissance tant je ne sais que dire sur le film. Si ce n'est que c'est certainement l'oeuvre la plus fascinante de l'histoire du cinéma. Ou plutôt, puisque le mot est à la mode, celle qui provoque le plus grand état de sidération dans lequel on puisse être. A tel point que lorsque le film s'attarde sur des scènes de dialogue ou tente de faire avancer l'histoire par les biais habituels du cinéma narratif, il devient un peu lourd. Il aurait fallu oser le poème totalement visuel et musical, sans aucune ligne de dialogue, le conte philosophique dont les images et les sons se seraient suffis à eux-mêmes. Une radicalité qui était à la portée du génie de Kubrick, et qui aurait pu donner le plus grand film de l'histoire du cinéma, sans aucun doute possible.
En l'état, c'est juste une chef d'oeuvre total, inclassable et sublime, qu'il ne faut même pas chercher à comprendre. Juste à ressentir, en s'extasiant devant une telle puissance et une telle confiance dans l'art cinématographique poussé dans ses ultimes limites
Sauf les scènes dialoguées inertes et mortes; donc pas le meilleur film du réalisateur à mon avis (c'est le prochain sur ma liste de revisionnage de l'intégrale du maître, joie !)

Note = heu... chépo... disons 6/6, allez !



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5 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 11:00

Phil


Admin
(ORANGE MECANIQUE - 1971)

Outre tout ce que j'ai déjà pu en dire, et que c'est le meilleur film du monde et tout ça, ce qui est formidable, avec le chef d'oeuvre de Kubrick, c'est que chaque vision est un plaisir renouvelé. Même quand on le connaît par coeur (et c'est évidemment mon cas, je ne compte plus le nombre de fois que je l'ai vu depuis ma première copie en VHS pirate VF pourrie en 91), on ne le voit jamais de la même manière.
A chaque fois, la maîtrise formelle hallucinante d'un auteur au sommet de son art L'intelligence et la profondeur du propos. Les recherches visuelles et cinématographiques (plans symétriques, utilisation du zoom et du travelling...). L'utilisation de la musique non comme simple illustration mais comme élément fondamental de l'ensemble. Le cabotinage hystérique et génial des acteurs. L'utilisation de la violence et du sexe à la fois comme objet de fascination et repoussoir viscéral.
Et cette fois, le côté "conte moral" et la vision anticipatrice puissante du monde de merde dans lequel on vit (les banlieues, mais aussi les méfaits d'une société conservatrice et aliénante, avec un Claude Guéant plus vrai que nature) relevaient la sauce.
Comme "2001" juste avant et "Barry Lyndon" juste après, "Orange Mécanique" est un "film matrice" total, qui crée tellement de formes et définit tellement de standards qu'il servira de modèle inépuisable (encore aujourd'hui) dans tous les domaines de la création visuelle, du cinéma au clip, du théâtre à la sculpture, de la pub aux journaux (à grands coups de comparaison racoleuses au moindre fait divers).

Note = meilleur film du monde / 6


Et pour la peine, réédition de mon vieil avis Ciao sur le film.

<<<< doooooong....... tuuuuuuuuu duuuuuuu tudududududududu tu dum..... boum boum boum >>>>
(musique "Funeral of the Queen Mary")

Il y avait moi, c'est à dire Phil, à mes trois drougs, c'est à dire Lionel, Olivier et Nikos. On était là, assis au Korova Milk banc, en train de se creuser le rassoudok pour savoir ce qu'on allait bien pouvoir faire ce soir. Au Korova, on buvait de la bière enrichie, c'est à dire de la Kro +, ou de la Heineken drenkrom, ou de la 1664 syntemesc. Là, on en était à la Kro. Ca vous donne la pèche, et vous met bien en forme pour une petite partie de ping pong ultra-violente.

On est donc alors partis, habillés de nos plus beaux atours blancs, nos melons sur la tête et nos canes à la main, le long des quartiers délabrés de notre cité futuriste... En chemin, nous sommes tombés sur le Tonton-michel, allongé là, qui govoritait de vieux airs de sa jeunesse, un verre de Ricard à la main ("qui c'est-y qui m'a mis la b.. dans le c... ?" et autres chants tziganes). On a commencé à le toltchoquer un peu, mais il nous a alors sorti de sous son manteau une vieille cassette abimée qu'il nous a tendu d'une main tremblante :
"- Non, arrêtez.... Regardez, j'ai une vidéo d'Orange Mécanique, je vous la donne si vous m’épargnez….
- Ne te moque pas de nous vieil homme, Tu ne peux avoir ce film que Stanley Kubrick a réalisé en 1971, juste après 2001, d’après un roman d’Antony Burgess, avec Malcolm Mac Dowell dans le role principal, mais aussi Patrick Magee, Adrienne Cori et Miriam Karlin. Tu ne peux pas l’avoir car après avoir fait sensation à sa sortie par sa violence, le film a été interdit de diffusion dans de nombreux pays, et est encore interdit à la vente en vidéo un peu partout (la scène se passe en 90. NDLR). Cela fait bien des années que mes chers droogies et moi même essayons de le mirir en vain….
- Mais c'est un import belge, je vous le donne si vous arrêtez de me toltchoquer ainsi......"
- Dacodac vieil homme……

Méfiants, mais après quelques derniers toltchoks qui ont fait couler de son front et son nez le délicieux Krovi tout rouge, nous nous sommes emparés de la cassette, fébrilement. En rentrant, nous sommes tombés sur la bande de Billy Boy, qui essayait de convaincre une jeune devotchka hurlante et gesticulante de se livrer avec eux à une partie de ça va ça vient. Nous les avons attirés autour de la table de ping pong, mettant en jeu la cassette tant désirée pour les vainqueurs du tournoi. Evidemment, nous n'en avons fait qu'une bouchée. Avant de rentrer, nous sommes passés chez le frannie, essayer de le convaincre de voir le film avec nous. Mais comme d'hab', il n'avait pas envie de bouger. Alors pour le punir de son apathie intellectuelle, on l’a toltchoké en chantant "Singin' in the rain". Puis je suis reparti chez moi avec la cassette.

Pa' et Ma' habitaient un petit appartement dans le bloc nord, au 75. En rentrant, je décidai de me passer un petit Robert Van Smith, et sa glorieuse troisième symphonie, Pornography, avant d'insérer la cassette chèrement gagnée dans mon appareillage vidéo dernier modèle. Dès que j'ai commencé à mirir l'oeuvre, j'ai été happé malgré l'image de mauvaise qualité, le son inaudible, la bande qui sautait toutes les 20 secondes... Le génie de la construction du film, la précision mathématique des cadrages, l'alliance de la musique et des images, la fascination exercée par les scènes de violence, l'intelligence du propos....

Sur l’écran se déroulait l’histoire d’Alex de Large (“Alex the large”, Alexandre le Grand…) et ses potes voyous, dans un futur pas si éloigné que ça (ouvrez vos volets et jetez un œil dehors, vous verrez…). Ils vivent de vols, viols et bastons, essayant de noyer leur désespoir dans un déchainement de violence. Lorsqu’Alex se retrouve trahi par ses amis et responsable d’un meurtre, il part en prison où il découvre une autre forme de violence, mentale cette fois. Son seul espoir de sortie est de tester le nouveau traitement Ludovico, une méthode révolutionaire de “guérison des mauvais penchants” inventée par quelques médecins fous au service du nouveau gouvernement. On le drogue alors et l’oblige à regarder en boucle des films ultra-violents, afin de le dégoutter. Lorsqu’il ressort, il est devenu un mouton, un être avili par la société qui sent venir la nausée et la douleur dès que ses pulsions se libèrent un peu (et aussi lorsqu’il entend la musique de Beethoven qu’il vénérait tant, “dommage collatéral” de la méthode d’endoctrinement !). Complètement inadapté, il se retrouve alors dans la position de victime, face aux personnes qu’il a agressées jadis, à ces anciens droogs devenus flics, et face à un écrivain qu’il avait maltraité et qui veut maintenant se venger de lui et l’utiliser pour déstabiliser le pouvoir…


Le lendemain, malgré une grande douleur au golliwock dûe à la mauvaise qualité de la vidéo, et après une visite surprise de mon conseiller Monsieur Deltoid, qui m’a aisément fait comprendre que je devais me rendre au lycée, je décidai de porter la bonne parole auprès de mes droogies et de mon entourage.. Après des années d’attente fébrile, l’évidence était là, sous mes yeux : Orange Mécanique est le meilleur film du monde !!! Mais si mes fidèles droogs ont très vite adhéré à cette bonne parole, les autres membres de la société conservatrice autour de moi ont vite fait d’essayer de me faire entrer dans le droit chemin et oublier cette œuvre bien trop subversive pour les critères moraux de la société.

Et c'est alors qu'arrive la partie la plus triste de l'histoire de votre humble narrateur... Enfermé entre quatre murs, avec des personnes censées me rééduquer, qui ont essayer de me transformer, de m'anihiler, de m'oter de la tête ce film maudit que je vénérais trop et qui les dérangeait dans leur conformisme....

"ce n'est q'un concentré de violence et de Pornographie"
Faux, répliquai-je... Kubrick dénonce la violence en la montrant dans sa brutalité et en la faisant exécuter à la fois par ses voyous et par l'état. Quand à la pornographie, il ne fait qu'extérioriser les pulsions qui existent en chacun des adolescents de l'age de son personnage, en montrant qu'ils ont beaucoup de mal à les canaliser correctement.

"ça rime à rien ce film"
N'importe quoi !!! Beaucoup de gens ne se sont arrêtés que sur le côté démonstratif du film. Ainsi ils ont loupé tout l’intérêt d’une histoire incroyablement bien écrite (très bien adaptée du roman de Burgess, déjà génial en lui même). En effet, Orange Mécanique est un grand film sur la société et ses dérèglements. Il se pose ainsi la question de savoir comment gérer la violence dans notre monde moderne. Peut-on prétendre combattre la violence dans les rues, quand la seule chose qu’on a à lui opposer est la violence institutionalisée (police, gouvernements, prisons etc…) ? Peut-on et a-t-on le droit de transformer un homme pour qu’il entre dans le carcan de la société, en lui faisant perdre toute sa liberté et son individualité ? Sachant que de toutes façons, même si le personnage principal pouvait être guéri de ses pulsions violentes (et de même pour ses pairs voyous), il restera toujours une classe dirigeante qui usera sans vergogne de violence, d’intimidation et de manipulation. On le voit, Orange Mécanique pose de front un tas de problèmes politiques, sociaux, comportementaux, et élève bien souvent le débat très haut.

"ça a mal vieilli, ça ressemble plus à rien maintenant"
Comme tous les films de Kubrick, Clockwork Orange est une leçon de cinéma. La construction du film, en trois partie de 40 minutes (la dernière reprenant chaque élément de la première un à un, après la phase de "rédemption" de la seconde) est exemplaire. Chaque plan est minutieusement composé. Kubrick joue de la disposition et des cadrages à la fois pour créer une véritable monde futuriste cohérent (ce qu'il refera ensuite avec le passé dans Barry Lyndon) et pour exposer son propos en alternant le chaos de l'esprit d'Alex et la symétrie du monde étatique et fasciste qui l'entoure. Depuis 1971, la représentation de la violence a évidemment évolué à l'écran. Mais cette violence est devenue dépersonalisée. Kubrick représente au contraire la brutalité, pas la violence. Et ses scènes ont encore un impact bien plus grand que n'importe quel film d'action moderne...

“c’est un film malsain”
encore une idée fausse. Le “problème” du film est qu’il s’attaque de plein front à la société conservatrice ambiante. Forcément, en faisant de son personage principal un voyou finalement sympatique parce que manipulé par des puissances bien plus sordides, Kubrick ne s’est pas fait que des amis. Il n’hésite pas non plus à renvoyer dos à dos ceux qui devraient être les “méchants” (Alex et se droogs) et toute forme d’ordre (la police - intégrant d’anciens voyous dans ses rangs, les politiques – menteurs et manipulateurs, la prison – le gardien est clairement un sosie d’Hitler, etc….), de même que le peu de citoyens que l’on voit (les parents d’Alex – faibles et apathiques, la dame aux chats – caricature de féministe coincée et frustrée…). On assiste donc ici à un sommet de cynisme qui ne peut être du gout de tous, et qui a évidemment provoqué des réactions violentes. Je pense que c’est cet aspect qui gêne le plus les gens, bien plus que la violence visuelle du film. 25 ans plus tard, Fight Club subira le même sort, ce qui est assez logique puisque le film de Fincher est le seul descendant direct de celui de Kubrick, le seul authentique pamphlet libertaire, anarchiste et anti-social pouvant être comparé à Orange Mécanique.


Voilà ce que j’ai tenté d’expliquer à mes tortionaires, losqu’attaché à mon canapé, on m'a obligé à mirir des films américains de très mauvaise qualité, pleins de violence inutile et d'une connerie monumentale. Toute la puissance du cinéma de Kubrick et toute l’intelligence de son propos se noyaient dans les filtres de toutes les couleurs et les plans inutiles des films modernes illustrant des scénarios manichéens. Et j’ai craqué. Je suis devenu comme ils le voulaient. La simple vision d’un plan Kubrickien provoquait en moi des nausées irrépressibles. Les Hitchcock, Welles, Mankiewicz et tous les autres réalisateurs pensant un tant soit peu leurs film amenaient en moi des crises d’ennui profond et des douleurs infernales. J’étais rentré dans le rang. Fini les films novateurs, intelligents et sensibles. A moi les films caressant le spectateur et surtout sa société dans le sens du poil.

Et puis un jour mes anciens droogies me sont tombés dessus. A leur tour ils m’ont séquestré et ont choisi de soigner le mal parle mal. Après un bon plat de pates arrosées d’un bon vin (“Château Latour, 68. Medoc”), ils m’ont projeté l’œuvre maudite, m’obligeant à regarder… En fond sonore, l’intégrale de Robert Van, dont on avait essayé de me dégoutter aussi… Je me suis débattu, je voulais mourir, la douleur était trop forte, cette sensation d’étouffement, ces nausées. Je préférai mourir que de subir à nouveau tout ça… Je me suis alors lancé vers la fenètre la plus proche……….

Et votre humble narrateur a sauté, ô mes seuls et fidèles amis.
J’ai sauté, mais je n’ai pas cassé ma pipe.

A mon réveil, ils étaient tous là, m’attendant avec un magnétoscope dernier cri et une télévision ultra-moderne. Tous étaient là, mes droogs et ceux qui avaient tenté de me reconditionner. Et ils m’ont repassé le film, et malgré la douleur dans mon crane, comme si des gens avaient tripatouillé dans ma tête pendant mon sommeil, aucune nausée et aucune autre douleur n’est venue… Ca y est... Je pouvais maintenant retourner voir ce film au cinéma lors de sa ressortie, l'acheter en vidéo en coffret collector, puis en DVD. Je pouvais me précipiter sur les autres films de Kubrick, à commencer par le grandiose Full Metal Jacket, rejoué au cinéma à la même époque...

J'étais guéri........

<<<< I’m singin’ in the rain… just singin’ in the rain… what a glorious feeling, I’m happy again……… >>>>







(en bonus dans le super coffret qui tue, les documents mortels habituels - certains mentionnant des scènes coupées que je meurs bien sûr d'envie de voir maintenant, c'est malin !, et outre un doc sur Malcolm Mac Dowell, 2 documentaires de 45 minutes que je vais m'enfiler dans le week end).

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6 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 11:01

Phil


Admin
BARRY LYNDON - 1975)

La splendeur des images, la minutie de la reconstitution, les costumes et décors issues de mois de recherches, les fameuses séquences éclairées à la bougie et filmées avec une lentille spéciale conçue pour la Nasa, les images comme des tableaux impressionnistes, l'utilisation de la musique classique en pendant des images poussée encore plus loin que dans 2001 et Orange Mécanique (la sarabande d'Haendel, mandieu)...
Même si on ne peut pas échapper au fait de citer ces éléments qui font l'essence même de "BARRY LYNDON"; même si on continue, vision après vision, d'en prendre toujours plein la tronche et les oreilles; même si le film ne titillerait pas les cimes du génie sans ça... Au bout de la 4 ou 5ème vision, ce n'est plus ça qui impressionne (mais attention, hein, ça laisse toujours sur le cul !).

Ce qui reste fort 35 ans après sa réalisation, à revoir le film dans la continuité de l'oeuvre du maître, c'est certainement à quel point il s'intègre parfaitement dans sa filmographie.
Visuellement, via les aspects déjà cités, mais aussi les tics de réalisation de Kubrick, zooms et autres travellings (+ l'omniprésence de la voix off), ou le découpage en deux parties égales, qui imposent la mise en scène au premier plan du film et lui donnent ce côté "démiurge". Et au niveau des thèmes abordés et du regard porté par le réalisateur sur l'histoire (du film) et l'Histoire.

D'autres réalisateurs auraient ainsi pu faire "Barry Lyndon", mais personne d'autre que Kubrick n'aurait fait de "Barry Lyndon" la merveille qu'on connaît aujourd'hui. Il faut toujours garder à l'esprit que Kubrick s'est rabattu sur l'adaptation du livre de William Makepeace Thackeray après que son monumental projet Napoléon ait pris l'eau. Soit après avoir consacré plusieurs années de sa vie à accumuler une documentation gigantesque sur l'empereur; qu'il n'avait pas envie de voir perdue pour toujours. Barry Lyndon, en Bonaparte light, ne pouvait alors ressembler à aucun autre film historique précédent - et surtout pas au "Waterloo" récent qui avait précipité la mort de son bébé tant couvé.
Et bien que ce soit devenu un cliché élimé, il faut aussi rappeler le "projet" kubrickien d'aborder tous les genres du cinéma pour en livrer à chaque fois LE film définitif. Ainsi, après le polar, le film de guerre (auquel il reviendra avec le mètre-étalon "Full Metal Jacket"), la science-fiction ou l'anticipation, Kubrick ne veut pas faire ici un film historique de plus. Il veut nous plonger au coeur de l'histoire, nous transporter à l'époque illustrée, aux côtés des personnages (d'où notamment les prouesses technologique accomplies sur les images du film - tout se recoupe).

Fruit d'une frustration de ne pas avoir pu mener à bien le projet de toute une vie de cinéaste, "Barry Lyndon" est aussi un film-somme, à un point tel qu'on pourrait presque résumer tout Kubrick dans ces 3 heures flamboyantes et géniales. (et, comme pour Shining ensuite, Kubrick "trahira" l'oeuvre originale contrairement à son habitude, pour l'adapter à ses intentions).
Notamment à travers les relations conflictuelles des personnages - comme il le refera plus tard brillamment dans "Eyes Wide Shut", Kubrick concentre ici tous les conflits du monde, toute la guerre, la noirceur et la violence de la société dans ses protagonistes. Une violence rentrée, qui éclate ponctuellement non pas dans les 2-3 scènes de guerre au début du film, mais bien plus dans les affrontements entre Lyndon le parvenu et les représentants de la haute société peu disposée à lui laisser la place. Cette violence de la société et des hommes qui court tout au long du film dans une ambiance mortifère et explose à la fin dans l'hallucinante scène du duel entre Redmond Barry et Lord Bullingdon; une des plus belle de tout le cinéma de Kubrick.
Avec "Barry Lyndon", Kubrick porte plus que jamais un regard d'entomologiste sur une humanité pathétique au bord du gouffre, engoncée dans les convenances d'une société aliénante et abrutissante. Le post scriptum ironique du film (même s'il vient directement du livre) sonne comme un résumé cinglant non seulement du film, mais de toute la thématique kubrickienne.
Pour autant, on sentirait presque de l'empathie (et même de la sympathie) pour le personnage titre joué par Ryan O'Neal (excellent, comme tous les acteurs du film, pour une fois pas dans l'outrance de l'interprétation). Et c'est peut-être le film le plus chargé d'émotion de Kubrick "la machine sans émotion".
Non seulement c'est magnifique à s'en crever les yeux, mais en plus c'est vertigineux.

Note = 5,5/6 (un demi-point de perdu, après ces dithyrambes enflammées, parce que c'est quand même un peu longuet par moments. On ne s'ennuie pas, et la longueur du film passe sans problème, mais il aurait certainement gagné à durer une demie-heure de moins).





Cyrille a écrit:
Phil a écrit:
Note = 5,5/6 (un demi-point de perdu, après ces dithyrambes enflammées, parce que c'est quand même un peu longuet par moments. On ne s'ennuie pas, et la longueur du film passe sans problème, mais il aurait certainement gagné à durer une demie-heure de moins).


C'est aussi une autre époque; Je suis étonné que cela te fasse descendre ce film de son piedestal (surtout que tu mets 7/6 à Titanic, pas long lui ?)




Bon, j'efface pas, par honnèteté, ce que j'ai écrit au dessus, mais en fait, j'ai lu un peu en diagonale, et à cause dune lenteur d'affichage, je croyais que tu parlais d'Orange mécanique (dont l'affiche est apparue à l'écran plus vite que Barry)

Alors effectivement, c'est plus que long, je me suis rarement autant emerdé

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7 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 11:03

Phil


Admin
(THE SHINING - 1980)

Comme "2001" (et dans une moindre mesure "Orange Mécanique"), "SHINING" est un film qui défie toute approche critique en ce qui me concerne. Et comme par hasard, ce sont mes trois Kubrick préférés, dont je suis à peu près incapable de rendre compte, autrement que par un alignement de dithyrambes exacerbées, qui ne font guère avancer le schmilblick.
Tout juste arrivé-je encore à être étonné de trouver aussi génial un film de mon réalisateur préféré qui trahit dans les grandes largeurs un livre tout aussi génial de mon auteur préféré.
Alors voilà, ça doit faire la quinzième fois que je le vois, et c'est toujours une oeuvre aussi monumentale et grandiose. L'idée kubrickienne de faire un "film d'horreur en pleine lumière" reste toujours aussi brillant (justement). Comme toujours, Kubrick ne se contente pas de livrer "juste un film dans un genre donné", il s'approprie le genre pour en livrer sa vision, sous forme de paradigme des films d'horreur. Mais tout ça, on le sait, on l'a dit et redit et trop dit.
Alors, juste, en vrac : la mise en scène, le "regard de Dieu" incarné par la caméra, les travellings derrière le vélo de Danny dans les couloirs, l'Overlook Hotel comme espace mental reflétant la folie du personnage principal, Jack Nicholson au sommet de son cabotinage génial, Shelley Duval tellement insupportable (et moche) qu'elle en devient géniale, Scatman Crothers que c'en est un déchirement à chaque fois quand il se fait buter, les flots de sang dans le couloir, les motifs géométriques de la moquette, le labyrinthe, le labyrinthe enneigé, la ruse de Danny dans le labyrinthe enneigé, Jack Torrance perdu dans le labyrinthe enneigé, les coups de hâche dans la porte, les jummelles démembrées, l'ouverture de Lygeti, le cadavre putréfié de la chambre 237, Redrum, l'ombre de l'hélico dans la neige, Loyd, Grady, le décompte fatal sous forme de cartons accélérant le temps, les coups de batte de base-ball, l'escalier... "All work and no play makes Jack a dull boy".

Note = Redrum/6




Excellent suppléments de Shining dans le super coffret. Le doc "Visions of Kubrick" est excessivement hagiographique, mais en même temps tous les intervenants ont raison, donc c'est pas gênant .
Le making of ensuite est très bon, et apporte plein d'éclairages intéressants sur le film, notamment sur la volonté de Kubrick de faire le film d'horreur définitif, parce qu'il avait été dépassé par d'autres à ce moment là et que ça le gavait (avec en citation l'exemple de "L'Exorciste") !
Et le gros morceau, c'est le petit film réalisé par sa fille Vivian sur le tournage, 33 minutes qui montrent le réalisateur, l'équipe et les acteurs au travail au quotidien ((Nicholson aussi déchaîné sur le tournage que dans le film; Shelley Duvall constamment au bord de la crise de nerfs et malade à répétition...). Qui font notamment découvrir un Kubrick étonnant par rapport à son image, sachant qu'elle a bien changé depuis sa mort pour coller plus à la réalité du personnage. On regrettera qu'il y ait plein d'extraits du film, qui viennent casser le rythme du reportage lui-même. Un petit bémol qui n'enlève rien à la valeur énorme de ces images.



Voilà, vu la version 142mn (en fait, 143) de Shining.
Peu d'ajouts significatifs, mais quand même une scène au début avec une doctoresse qui vient voir Danny, et plus tard quelques scènes autour du personnage "imaginaire" de Tony qui prend le dessus sur la personnalité de l'enfant (et un premier "Redrum" plus tôt dans le film). A part ça, on voit Jack démonter la radio qui maintient le lien avec la civilisation, et le retour de Halloran à l'hôtel est plus détaillé. Ca, c'était pas indispensable en effet.
Sinon, la version longue est surtout constitué de scènes existantes qui sont "allongées" - et développe des aspects connus du film avec plus de détails - l'entretien d'embauche qui révèle des choses implicites dans la version courte, une conversation matinal où Jack déclare qu'il a l'impression d'avoir toujours été dans l'hôtel, des plans morbides supplémentaires lors de la fuite de Wendy à la fin...
A rajouter des travellings fluides, des plans hénaurmes et des dialogues symboliques, le film en devient plus imposant encore; et developpe son faux rythme lent avec encore plus de rigueur implacable.
Mais cette version est moins "fondamentale" que Aliens, Abyss ou The Killer (pour citer des exemples de films que je ne peux plus voir qu'en version longue tant celle-ci a supplantée l'originale). Et je pourrai continuer de voir le film en version "courte officielle"; mais je suis bien content de l'avoir vue.

Bon, on a pas la dernière scène avec Halloran à la clinique, mais tant pis.

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8 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 11:03

Phil


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(FULL METAL JACKET - 1987)

Alors que la guerre est le thème central qui irrigue l'oeuvre de Kubrick, il aura fallu attendre 30 ans après "Les Sentiers de la Gloire" pour qu'il s'y attaque à nouveau frontalement. Via le conflit le plus filmé des années 80, la guerre du Vietnam. Avec cette question lancinante : qu'est-ce qu'un Kubrick pouvait alors apporter de nouveau sur ce conflit, par rapport à la pléthore de films américains sur le même thème déferlant sur les écrans ? Et surtout : Kubrick allait-il nous livrer LE film de guerre définitif qu'on était en droit d'attendre de lui ? Ce qui est certain, c'est que comme à chaque fois, c'était ce qu'il avait en tête.

Comme en plus le délai pour livrer son nouveau film s'était encore allongé par rapport aux précédents (7 ans entre Shining et celui-ci; ce qui n'est pas grand-chose par rapport aux 12 ans qui lui restent à vivre jusqu'à "Eyes Wide Shut", mais quand même), on peut imaginer que Kubrick a longuement muri ce projet.
Adaptant un livre d'un vrai vétéran de la guerre, "Le Merdier" de Gustav Hasford, Kubrick semble au départ s'engager sur la voie du film de guerre "classique" particulièrement sur cette période du Vietnam. Sauf que refaire "Platoon" ne l'intéresse pas; encore moins "Le jour le plus long" pour prendre l'archétype du film de guerre sur un autre conflit.
D'entrée de jeu, Kubrick va transformer une de ses contraintes de tournage en idée forte qui va déterminer l'orientation du film. Hors de question pour lui, en effet, de partir filmer à l'autre bout du monde, comme l'avait fait Coppola pour "Apocalypse Now". Il choisit de tourner dans la banlieue de Londres, dans des zones industrielles désaffectées, au milieu de la campagne anglaise, dans les marais du nord du pays... En important 2-3 palmiers et en reconstituant la base d'entraînement de la première partie du film, ça le fera bien. Et, de fait, on n'a à aucun moment l'impression de se confronter à l'artifice - à chaque seconde le Vietnam de FMJ est crédible et réaliste. Peut-être même plus que beaucoup de films tournés aux Philippines ou en Malaisie.

A l'arrivée, ce choix à mi chemin entre la contrainte imposée et le regard artistique donne au film son cachet unique. Une ambiance et une tenue visuelle incomparables et foncièrement originales. Mais surtout, on se retrouve face à une sorte de film de guerre abstrait; où Kubrick pose à nouveau un regard de démiurge sur ce qu'il pense être l'activité préférée de l'homme, à savoir détruire son prochain. Le réalisateur observe à nouveau des personnages réduits à l'état de marionnettes, qui tentent de survivre dans des espaces labyrinthiques où le danger peut survenir de n'importe où et à n'importe quel moment. Refusant le voyeurisme spectaculaire du film de guerre, il orchestre des danses de mort à la fois fascinantes et repoussantes; où l'homme se résume à sa fonction primaire de soldat : tuer. Et, accessoirement (parce que "Si un Marine meurt, ce n'est rien, car le corps des Marines continuera à vivre à jamais"), survivre.

L'autre grande force du film, c'est évidemment son premier tiers, qui est certainement ce pour quoi le film est le plus connu - l'entraînement des futurs soldats d'élite à Parris Island, sous les ordres d'un sergent instructeur sadique et extrémiste. Personnage interprété par l'incroyable Lee Ermey, lui-même véritablement ancien instructeur chez les Marines. 40 minutes d'anthologie, qui là encore ne ressemblent à rien de ce qu'on avait pu voir auparavant dans les films de guerre habituels. Vision après vision, on continue de se prendre plein la gueule - et aussi, d'un certaine manière, de s'en régaler - la verve ordurière du personnage. Qui doit presque tout à l'acteur, mais qui rejoint ce travail autour du langage qui court aussi dans l'oeuvre kubrickienne (voire, ou écouter plutôt, par exemple "Orange Mécanique"). C'est là, en fait, que se joue tout l'enjeu du film. Car on y voit la lente décomposition des hommes qui entrent dans le corps des Marines. On y comprend comment ses jeunes, métamorphosés physiquement dans la scène du générique par le rasage de crâne, se transforment surtout psychologiquement. Et deviennent des armes de guerre inhumaines - comme ces armes à qui ils doivent donner un prénom féminin et qui sont "leur meilleur(s) ami(e)", fruit d'une lente aliénation et de la désagrégation de leurs valeurs personnelles et de ce qu'ils sont. Parfois jusqu'à la folie, comme le personnage de Goomer Pyle qui se retournera contre l'instructeur avant de se suicider. Toujours, en tout cas, jusqu'à la perte de leur individualité et jusqu'à devenir un rouage se fondant dans
le système; se transformant en ces corps déjà morts à l'intérieur qui se battent dans la suite du film pour une cause en laquelle ils ne croient même plus.

Comme dans toutes les grandes oeuvres du maître (et mêmes les petites d'ailleurs !), on retrouve bien sûr tout Kubrick dans "Full Metal Jacket". Le découpage mathématique en trois actes égaux. Les travellings de malade. Les zooms itou (ai-je déjà dit que Kubrick était le seul à savoir utiliser cet outil normalement très moche ? Certainement, mais j'en remets une couche). Le jeu outré des acteurs - dans la première partie du film du moins, et il est étonnant de voir comment le jeu de Matthew Modine évolue et devient de plus en plus intériorisé au fur et à masure du déroulement du film. Que ce soit dans les thèmes abordés ou dans la réalisation, tout concourt à faire de FMJ un des films centraux de Kubrick.
Il est d'ailleurs à ce titre intéressant et amusant de revenir à l'accueil du film à sa sortie. Comme à chaque fois (ou presque), le film a été relativement mal reçu par la plupart des critiques (sauf les exégètes habituels du réalisateur), et "aimé sans plus" par le public (avec tout de même un beau succès à l'arrivée). Le tout, sur l'air du "tout ça pour ça", ou plus précisément "on a attendu 7 ans que môssieur Kubrick nous fasse un nouveau film, et il nous refile un truc sur le Vietnam comme le premier Rambo venu". Et comme à chaque fois (et là, pas "ou presque", même si concernant "Eyes Wide Shut", le processus est pas encore complètement terminé), le film a été réévalué sans cesse au cours des années suivantes. Non seulement autour du film en soi, mais aussi en le replaçant dans la filmographie du réalisateur.

Car au bout d'une heure cinquante de film et alors que défile le générique de fin sur fond de "Paint it black" des Stones, plus aucun doute n'est permis. Kubrick a parfaitement rempli sa mission et nous a bien livré LE film de guerre définitif qu'on était en droit d'attendre de lui. Le seul équivalent cinématographique qu'on puisse lui trouver est évidemment "Apocalypse Now" (que j'ai revu lui aussi cette année). Mais le film de Coppola est à mon sens moins fort parce qu'on y voit clairement toute la réflexion du réalisateur sur la guerre, qui prend parfois un peu le pas sur le cinéma. Là ou Full Metal Jacket est avant tout une expérience cinématographique, renfermant le même type de fond complexe et philosophique.

Note = M.I.C.K.E.Y M.O.U.S.E. - 5,5/6







(EYES WIDE SHUT - 1999)

Aujourd'hui encore, il n'y a probablement aucun autre film de l'oeuvre de Kubrick qui déchaîne autant les passions et les discussions, qui soit autant incompris et considéré à part, que "EYES WIDE SHUT". Même les kubrickiens convaincus qui souhaitent s'en foutre et ignorer le film le rejettent avec une telle force que c'est comparable avec l'adoration qu'ils portent à un "2001" ou un "Orange Mécanique".
Il faut dire que la mort du génie quelques jours après l'achèvement du film (d'après la légende) et à quelques mois de sa sortie avait tout pour déchaîner les fans, les critiques, et tout le monde s'intéressant un minimum au cinéma et ayant un avis à donner sur le sujet.
Même si de son vivant déjà Kubrick était retranché dans ses mystères et s'éclipsait derrière ses films finis, il sortait toujours avec une extrême parcimonie de sa réserve pour livrer une ou deux interviews, ou suivre des collaborations avec certains critiques (comme Michel Ciment en France); qui pouvaient éclairer ses films et apporter des indices sur la manière de les prendre. (sachant qu'au final, la plupart des films de Kubrick sont toujours des expériences totalement subjectives, à peine camouflées sous le vernis objectif d'une maîtrise formelle unique des techniques cinématographiques).

Là, que dalle. A la sortie de "Eyes Wide Shut" au cinéma en septembre 99, on pouvait juste se prendre le film. Et non seulement c'était le premier Kubrick depuis 12 ans; non seulement c'était un projet qu'il avait repoussé pendant presque 30 ans; non seulement il y était revenu après l'abandon de "Aryan Papers" et le report de "A.I."; non seulement on nous promettait la vision de Kubrick sur le sexe avec un couple-star prêt à tout donner au réalisateur... mais en plus, le démiurge grandiose et génial était mort ! Personnellement, je crois que je n'ai jamais autant attendu un film à sa sortie que celui-ci (et pourtant, y'a au moins 2-3 trucs par an pour lesquels je tuerais père et mère pour le voir tout de suite maintenant plutôt que dans 6 mois).

A cette attente inédite, il fallait ajouter les doutes quand au film fini. Quand on sait le soin apporté à Kubrick à chaque étape du processus de fabrication d'un film et qu'il allait jusqu'à en superviser les conditions de projection; quand on se souvient surtout de l'exemple célèbre de 2001 dont il a encore revu un dernier montage sur le bateau qui le conduisait à New York pour l'avant-première du film; il n'est pas idiot de se demander jusqu'à quel point le "Eyes Wide Shut" que tout le monde a vu au cinéma et/ou en DVD est bien le film que Kubrick avait en tête. Et si ce n'est pas à 100%, à quel point, alors, c'est bien un film de Kubrick (et non des producteurs, des monteurs, de Cruise/Kidman...). Pour couronner le tout, il a fallu rajouter des "caches numériques" lors de la scène d'orgie, pour la sortie du film aux Etats-Unis, afin d'éviter le classement X chez ces prudes tanches qui ne voit aucun problème à classer Restricted (interdit aux moins de 17 ans) des films ultra-violents où le sang gicle partout. Ce qui a relancé alors les doutes sur la paternité du film final, au montage duquel la MPAA (commission de classification américaine) n'avait pas le droit de poser ses sales pattes.

Mais au final, au delà de toutes les attentes, tout le monde s'en trouve réduit au même point, à savoir qu'il faut bien juger sur pièce. La pièce en question, c'est 2h40 de labyrinthe mental aux confins de l'obsession sexuelle et de la jalousie, s'achevant dans un "Fuck" retentissant prononcé par Kidman avant que ne résonne la musique de Chostakovitch qui fait immanquablement penser à la pub pour les assurances. Et la pièce est, à l'évidence, un pur film de Kubrick.
Dans sa mise en scène, évidemment. Avec ces longs travellings à la steadicam, ces zooms légers, ces plans fixes composés comme des tableaux. Comme toujours, l'attention de Kubrick portée à la photo du film frise la maniaquerie obsessive. Ici, il pousse peut-être plus loin encore que dans "Barry Lyndon" son utilisation de la lumière naturelle; sachant que ça paraît moins ostentatoire que dans son drame historique, puisque ça sert là à composer une atmosphère volontairement irréelle. Il y a aussi un travail titanesque accompli avec les ingénieurs photos au niveau du développement de la pellicule et de l'étalonnage, pour aboutir à cette texture étrange, à la fois hyper-réaliste et complètement fantasmée. Comme à chaque fois, Kubrick a tourné dans la banlieue de Londres, près de chez lui - cette fois pour un film qui se déroule à New York. Des assistants sont allés filmer quelques plans dans la vraie ville, mais la grosse majorité du film est constituée de reconstitutions et de rétro-projections derrière Tom Cruise (méthode qu'il avait déjà utilisée avec le même brio au moment de 2001, pour les séquences des singes en Afrique !). Encore une fois, cette "contrainte" de réalisation devient un plus pour le film, qui devient ce mélange de fiction et de réalité où chaque niveau de lecture contamine l'autre jusqu'à ce qu'on ne sache plus les discerner. Il est amusant aussi de voir comment Kubrick recycle par moments le plan classique des sitcoms de taxis dans les rues de New York, pour passer d'une séquence à une autre; comme un commentaire ironique sur l'artificialité de son cinéma...
Le tournage s'est étalé sur plus d'un an, "bloquant" au passage les deux stars à Londres et repoussant d'autres gros projets attendus. Un tournage durant lequel Kubrick a comme toujours porté un soin maniaque au moindre détail et a poussé tout les collaborateurs et acteurs au delà de leurs limites. ZE anecdote de tournage concerne cette fois le plan où Tom Cruise rentre chez lui épuisé après sa confrontation avec Sydney Pollack, où l'acteur a dû pousser la porte une centaine de fois avant que Kubrick daigne mettre fin à son calvaire.
Dernière constante, enfin, l'utilisation habituelle de la musique chez Kubrick, avec un mélange de morceaux classiques ou contemporains (à nouveau Lygeti et son piano inquiétant), de chansons (Chris Isaak doit remercier Kubrick tous les jours d'avoir propulsé son "Baby did a bad bad thing" en tube planétaire), et de compositions originales pour compléter l'ambiance (signées cette fois de Jocelyn Pook, et tout à fait dans la lignée des travaux synthétiques expérimentaux de Walter/Wendy Carlos dans "Orange Mécanique" et "Shining").

Dans ses thèmes aussi, EWS rejoint ceux centraux de l'oeuvre du réalisateur, sur l'opposition entre la civilisation et la sauvagerie inhérente de l'homme, notamment. Et surtout dans l'observation de ce qui se passe lorsque ce vernis de civilisation se craquelle. Adapté de "Traumnovelle" d'Arthur Schnitzler, le film se révèle évidemment pétri de psychanalyse. D'autant plus que ça faisait déjà trente ans, donc, que Kubrick cherchait à tirer un film du roman, et qu'il a longuement muri la chose avant d'y parvenir. Pour le script, il s'est comme d'habitude fait aider, en l'occurrence Frédéric Raphael, qui avait surtout auparavant signé le scénario du sublime "Voyage à deux" de Stanley Donen. Qui outre le fait que les réalisateurs des deux films partagent le même prénom, était déjà un film sur le couple et ce qui se passe dans la tête de chacun lorsque celui-ci se décompose.
On peut surtout voir dans EWS une sorte de condensé des genres abordés par Kubrick tout au long de sa carrière; comme s'il avait voulu livrer un testament, sachant que ce serait son dernier film. Il n'est pas interdit d'y voir un film de guerre, même si elle est ici métaphorique. Et une étude de moeurs comme pouvaient l'être "Lolita" ou "Barry Lyndon". Avec des aspects policiers pas éloignés des films noirs des débuts. Le fantastique de "Shining" n'est pas loin dans certaines scènes cauchemardesques inquiétantes. C'est surtout à mes yeux, et c'est ça sa plus grande force, un drame psychologique traité comme un space opera. Ce qui est puissant dans "Eyes Wide Shut", c'est la manière dont Kubrick transforme une histoire de couple intimiste en quelque chose de grandiose et d'écrasant. Projetant alors son film à un autre niveau, qui devient universel alors qu'on pourrait tout bonnement s'en foutre de ces pauvres petits bourgeois et leurs pathétiques problèmes de cul.

Le cul, justement, parlons en (ouaiiiiis !), car c'est l'un des sujets les plus "sensibles" dans l'accueil du film. Passons sur l'attente qu'on aurait pu avoir, due à l'idée qu'un réalisateur aussi sulfureux que Kubrick aurait pu nous balancer les scènes de baise les plus hard jamais vues. Finalement, on aurait bien dû se dire qu'il allait pas faire un porno non plus; et les scènes finalement présentes dans le film sont en réalité totalement kubrickienne. C'est à dire que le réalisateur porte son regard enthomologiste habituel sur les corps, et partant de là sur ce que les corps font les uns avec les autres. Seule ressort alors la scène centrale de l'orgie, à mon avis une des plus belles du cinéma de Kubrick. Parce que, si la plupart des réalisateurs en auraient profité juste pour émoustiller le public, Kubrick transforme ça en un rituel fascinant où se mélangent les pulsions sexuelles et d'autres plus sombres liées à la mort ou à la souffrance. Là encore, la puissance de la scène réside dans le fait qu'il filme une partouze comme si c'était une scène d'action, ou mieux encore, comme les "accouplements" de vaisseaux spatiaux dans 2001. Perso, je préfère voir ça qu'un gang-bang chez Marc Dorcel.
Passe encore la vision assez sombre du sexe donnée dans le film, Kubrick n'est ni le premier ni le dernier à s'y adonner (on le voit encore récemment avec "Shame"). Ce qui a pu poser problème à certains, c'est plutôt le côté réac qu'ils ont décelé dans le discours; où Kubrick selon eux célèbrerait le mariage, condamnerait les écarts de conduite, et fustigerait les idées de tromperie qui peuvent germer chez ces deux personnages principaux. Des idées illustrées par beaucoup de séquences reposant sur le "coïtus interruptus" de Tom Cruise : chaque fois qu'il va pour se livrer à l'adultère, quelque chose l'en empêche au dernier moment (il doit aller aider Ziegler au moment où les deux mannequins veulent l'embarquer, sa femme l'appelle lorsqu'il est avec la prostituée, le mari de Marie Richardson débarque après qu'elle l'ait embrassé, et il est évidemment "démasqué" pendant l'orgie avant même d'avoir pu faire quoi que ce soit). Sans compter le fait qu'il apprend le lendemain de sa folle nuit qu'il a bien fait de ne pas se taper la pute, vu qu'elle est séropositive; sorte de "non punition" non subie puisqu'il n'a rien fait. Je ne nierai pas que le film peut être vu sous cet angle... sauf que c'est quand même oublier qu'il s'agit d'un film sur les fantasmes de chacun, sur la jalousie, sur l'engagement. Si les gens qui voient le film sous l'angle réac n'ont pas de fantasmes à se coltiner, c'est bien triste pour eux ! Où s'ils s'y adonnent sans problème, tant pis ou tant mieux pour eux, pareil... A mon avis, ce que nous dit Kubrick sur le sexe, c'est qu'on n'arrête pas d'y penser à partir du moment ou on est engagé avec quelqu'un, et qu'à partir de là chacun doit trouver comment il veut (avec son/sa partenaire) concilier sa vie fantasmée avec la vie quotidienne. Ce que font Cruise et Kidman à la fin du film. Avec cette idée, qui elle aussi trouve ses fondements dans la psychanalyse, qui veut que le propre des fantasmes est justement de rester non réalisés.

(un autre reproche fait au film est que sa partie "policière" ne rime pas à grand-chose, avec une explication interminable de Pollack qui n'explique à peu près rien. mais c'est parce que justement, ce n'est pas l'intérêt du film; on s'en tamponne ! C'est justement ce que signifie la "non explication" dans la salle de billard).

Un dernier mot sur l'interprétation de Tom Cruise et Nicole Kidman : ils sont absolument énormes. Elle, on l'en savait capable; mais lui est totalement impressionnant (même si mon anti-Cruisisme primaire avait déjà été mis à mal avant notamment dans "Né un quatre juillet", un de mes films préférés).

Note = Testament/6 (ça fait que 5, parce que c'est trop long quand même et pas un des meilleurs Kubrick. mais ça déchire quand même).

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9 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 11:04

Phil


Admin
(FEAR AND DESIRE - 1952)

On le sait, Kubrick n'aimait pas son premier film - à tel point qu'il en avait interdit la ressortie de son vivant, que ce soit sur les écrans ou en vidéo et DVD. On ne sait pas par quel miracle le film a fini par arriver en version restaurée de nos jours, 13 ans après sa mort, mais bon, on va pas se plaindre...
Enfin, si, on pourrait se plaindre : parce qu'à la vision du film, on comprend pourquoi Kubrick le perfectionniste obsessionnel de l'aimait pas. Non seulement ce n'est pas très bon, mais le manque de moyens et l'amateurisme de cette première réalisation fait tâche par rapport à la suite. Même "Killer's Kiss" réalisé deux ans plus tard, tout "petit film" qu'il soit, a tout de même de suite une autre gueule.

On suit ici l'équipée d'une patrouille de 4 militaires écrasés derrière les lignes ennemies, qui vont tenté de rentrer chez eux en traversant une rivière marquant a limite entre les deux camps. Un film de guerre donc, déjà, thème central de la filmographie du réalisateur. Sauf que les gars ne font ici pas grand-chose à part se balader dans la forêt, observer leurs ennemis à la jumelle, vaguement kidnapper une paysanne, échafauder des plans abracadabrantesque pour faire des trucs tout cons... Et penser en voix-off avec des réflexions philosophiques à deux balles.

Si on ajoute à ça des acteurs approximatifs et un rythme bien mou, on peut se dire que le film ne vaut pas tripette.
Sauf que, bien sûr, c'est un jalon essentiel dans l'oeuvre de Kubrick. En tant que premier film, déjà : Kubrick disait toujours "Vous voulez devenir réalisateur ? Tout ce que vous avez à faire, c'est de prendre une caméra et de faire un film !". C'est exactement ce qu'il applique ici : en occupant tous les postes ou presque, il découvre ce que c'est que de faire un film; et notamment fait toutes les erreurs possibles, pour mieux ne plus les faire ensuite.
Au milieu de tout ça, il se permet même quelques plans superbes (la forêt dans le brouillard à la fin, un plan où les soldats marchent et son filmés en contre-plongée avec le soleil qui passe à travers les arbres, des travellings improvisés sur le radeau, la discussion dans la sale du général ennemi...). Et malgré la faible teneur en cinéma de l'ensemble, quelques bonnes idées de mise en scène.

Et il faut aussi voir le film comme un brouillon de l'oeuvre à venir. C'est facile de dire après-coup que tout Kubrick est déjà présent ici - mais c'est surtout une évidence. Surtout dans le côté abstrait du film, qui sera une constante de son cinéma par la suite. En explicitant dès l'introduction que cette guerre est une métaphore de toutes les guerres et que ces soldats sont des archétypes, Kubrick installe déjà son procédé de "méta-film", qu'il appliquera quasiment à chaque coup par la suite (des Sentiers de la Gloire à Full Metal Jacket, on ne compte plus se méta films de guerre; et pas la peine de rappeler son traitement du film de science-fiction, de l'horreur, du film historique...). Sans en avoir la démesure, l'équipée de ses personnages rappelle aussi par moment cet autre grand film barré de son collègue Coppola, "Apocalypse Now". L'idée des soldats ennemis joués par les mêmes acteurs que les personnages principaux est un de ces motifs dont il se servira ensuite souvent, de manière moins grossière.
On trouve déjà ici aussi son sens du grotesque, via le personnage du jeune soldat. Et aussi certaines thématiques, la forme circulaire du récit...

Pas un bon film, donc - mais un film très intéressant à analyser (après coup, parce que pendant, on s'emmerde un peu; heureusement que ça dure qu'une heure), et indispensable pour tout fan du grand Stanley.
(en plus, j'ai vu ça au Grand Action, à côté de Jussieu, que je fréquentais plus que la fac pendant mon année de Maîtrise - trip cinéphile bobo hardcore garanti).

Note = 3/6 au regard de la suite de la filmo du maître; probablement moins en soi.

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10 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 16:39

Phil


Admin
Diffusion de "Fear and Desire" + courts-métrages "Flying Padre" et "Day of the fight" sur TCM le mercredi 27/03 à partir de 22h.
Pour ceux qui ont la chaîne, à voir plus par curiosité que pour la qualité des oeuvres...

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11 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 17:29

J'essaierai de les enregistrer

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12 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 17:45

Phil


Admin
Attends toi a t'emmerder, hein ! Smile (Day of the fight est bien, cela dit)

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13 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 17:52

Phil a écrit:

mais bon, on va pas se plaindre...


Ben si, on va se plaindre. Ça me semble d'un irrespect absolu. (pas de ta part, hein !). On a déjà discuté de ça plein de fois à propos d'Hergé par exemple. Je comprendrai jamais ça !

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14 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 17:53

Est ce que je peux savoir pourquoi en haut de la page, j'ai un bandeau de pub de PriceMinister avec des propositions de livres assez chauds avec des femmes à poil ?

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15 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 21 Mar - 19:19

Phil


Admin
Cyrille a écrit:
Phil a écrit:

mais bon, on va pas se plaindre...


Ben si, on va se plaindre. Ça me semble d'un irrespect absolu. (pas de ta part, hein !). On a déjà discuté de ça plein de fois à propos d'Hergé par exemple. Je comprendrai jamais ça !

Ah, y'a fallu que je retrouve à propos de quoi je disais ça, vu la tonne de texte que j'ai copiée sur la page !
Sur la sortie au ciné de "Fear and Desire", y'a eu de grands débats en effet, sur le respect par rapport au fait qu'il en avait interdit la sortie de son vivant, tout ça. Quand je dis que je vais pas m'en plaindre, c'est parce que ça m'a permis de voir le film. Mais pour le coup, je suis jamais non plus tellement dans ce trip "artiste maudit"; ce que je trouve con dans ce cas, c'est plutôt l'attitude de Môssieur-Kubrick-le-génie qui ne voulait pas qu'on voit son premier film parce que c'était de la merde. Tous les chênes ont été des glands avant, tout ça...
Et à ma connaissance, il n'a pas laissé de testament disant qu'il interdisait la ressortie sous quelque forme que ce soit de "Fear and Desire".
Après, on est d'accord sur le fond, c'est un manque de respect, au moins par rapport à l'attitude qu'il avait de son vivant envers ce film.


Cyrille a écrit:Est ce que je peux savoir pourquoi en haut de la page, j'ai un bandeau de pub de PriceMinister avec des propositions de livres assez chauds avec des femmes à poil ?

Et surtout, pourquoi moi je les ai pas, les meufs à poil ! Shocked

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16 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Mar 3 Sep - 16:26

Phil


Admin
Cycle Kubrick à l'UGC de la Défense à partir de demain !!!
(+ le doc Room 237, tout pourri)

Vais ptet aller voir 2001 au ciné, tiens... Le vendredi 13 à 18h.

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17 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Mar 17 Sep - 10:23

Phil


Admin
Phil a écrit:Cycle Kubrick à l'UGC de la Défense à partir de demain !!!
(+ le doc Room 237, tout pourri)

Vais ptet aller voir 2001 au ciné, tiens... Le vendredi 13 à 18h.


C'était finalement hier soir, avec Cyrille (et après avoir lutté avec UGC pour récupérer ma place suite à un problème dans la réservation)... et c'était énorme !!!

J'ai compté que ça devait être la 6 ou 7ème fois que je voyais 2001, depuis sa découverte à 12-13 ans lors d'un passage événementiel sur FR3 (et les discussions enflammées au collège le lendemain, où j'étais le seul à avoir aimé Smile). Mais évidemment jamais dans ces conditions, sur grand écran - avec l'intro musicale, l'entracte, une image et un son qui butent.
On a tellement dit que 2001 était plus une expérience qu'un film... ça prend tout son sens au cinéma. La séquence du "trip au delà de l'infini" à la fin, notamment, est un gros choc. De même pour le sauvetage de Poole dans l'espace, ou la déconnexion de Hal 9000. Ou le début préhistorique, ou encore la valse des vaisseaux spatiaux... Tout le film, en fait - éloge du silence et de la lenteur, totalement immersif - est une claque encore plus monumentale que sur un écran de télé (même grand et de qulité).

Comme toujours avec Kubrick, et cetrainement encore plus avec ce film là, c'est aussi une redécouverte à chaque vision. Notamment la modernité affolante du film, qui s'il n'avait pas réussir à prédire réellement l'année 2001, n'en est pas moins incroyablement visionnaire. On a même repéré cette fois des tablettes pas très éloigné de celles qui ont envahi notre quotidien.
Et hier plus encore que les fois précédentes, j'ai encore repensé au choc que ça a dû être de voir 2001 en salles à sa sortie, en 1968. Un film ne ressemblant à rien de connu, et qui reste encore unique 45 ans après sa sortie. Et de me désoler de chercher un équivalent pour notre génération : si on peut trouver un tas de films fondateurs et qui nous auront marqué, qu'est-ce qui pourrait franchement rivaliser avec une telle expérience cinématographique ? (certains Cameron et Spielberg, mais ça reste à la ramasse)

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18 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Mer 27 Nov - 16:33

Phil


Admin
Arf : Steven Spielberg aurait l'intention de confier le projet d'adapter le Napoléon version Kubrick à Baz Luhrmann pour une mini-série ! L'idée du siècle...Evil or Very Mad 

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19 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Ven 7 Mar - 0:27

Phil


Admin
Lilith a 6 ans, donc c'est logiquement le 15ème anniversaire de la mort de Stanley Kubrick.
Me souviens de ce jour comme si c'était hier...

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20 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Ven 7 Mar - 15:01

Tant que c'est dans ce sens là que tu te rappelles des anniversaires ...

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21 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Ven 7 Mar - 15:09

Phil


Admin
Attends, c'est quand même la teuhon : c'est seulement au premier anniversaire de ma fille que j'ai capté qu'elle était née le jour de la mort de Kubrick ! D'ailleurs, elle aurait pu attendre un an de plus, pour que ce soit pile pour le 10ème anniversaire...

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22 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Mar 21 Oct - 19:38

Phil


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23 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Mer 22 Oct - 12:21

Phil


Admin
Et Ikéa maintenant !

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24 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Jeu 13 Nov - 13:07

Phil


Admin
Oh putaing, FEAR AND DESIRE dimanche prochain au Cinéma de Minuit !!!
(pour un film que Kubrick avait voulu rendre invisible, il passe carrément à la télé, maintenant...)

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25 Re: L'odyssée de Stanley KUBRICK le Sam 10 Oct - 0:24

Phil


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