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Le cinéma est plus harmonieux que la vie, il n'y a pas d'embouteillages dans les films. Les films sont comme des trains qui filent dans la nuit (François Truffaut)


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THE GRANDMASTER (enfin, the moyen master) de Wong Kar Wai

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Phil


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Ca m'embête un peu de donner mon avis sur le dernier film de Wong Kar Wai, parce que ça revient un peu à critiquer un film qui ne correspond pas à ce que je voulais voir - attitude dont on se moque régulièrement
par ici. Mais je m'explique : le problème fondamental de ce Grandmaster, à mon avis, c'est que WKW fait un "film de bataille de pieds" en se foutant royalement des films de batailles de pieds. J'veux dire, si ça l'intéressait, ce genre de truc, on le saurait depuis longtemps. Ce qu'il veut, lui, apparemment, c'est plutôt refaire pour la 12ème fois In the mood for love, juste avec quelques scènes de baston de temps en temps.
On peut surtout se demander ce qui a bien pu lui passer par la tête quand il a décidé de consacrer son nouveau film à l'histoire de Ip Man, personnage mythique de l'histoire chinoise récente, mentor de Bruce Lee - sujet hautement intéressant, mais 1/ déjà abordé maintes fois au cinéma, notamment dans le récent diptyque de Wilson Yip / Donnie Yen dont j'ai eu l'occasion de parler ici; et 2/ c'est totalement étranger à son cinéma, sur le papier et à l'écran (même si au début de sa carrière il a pu se laisser tenter à la marge par le cinéma d'action hong-kongais).

Or, en ce qui me concerne, j'aime les films de batailles de pieds et je m'en fous bien moins que môssieur Wong du haut de sa prétention. Et j'ai plus qu'apprécié les 2 Ip Man de Wilson Yip vus en DVD - je défie d'ailleurs quiconque ne les a pas vu de comprendre quoi que ce soit à la vie du personnage ici. Il a y donc clairement un hiatus entre le réalisateur et le public du film (ou au moins une partie de celui-ci) - ce qui n'est déjà pas terrible au départ.

Mais ça ne serait pas grave, à la limite, si WKW arrivait à nous embarquer dans son univers, comme il a souvent réussi à le faire par le passé. On pourrait, au bout de 10 minutes, se faire à l'idée que ce qu'on va voir est l'espèce de vision métaphysique et romantique habituelle du réalisateur, vaguement calquée sur un personnage historique et le détournement d'un genre cinématographique.

Sauf que, même en soi, le film est bancal. Déjà parce que WKW ne sait jamais trop sur quel pied danser : à hésiter constamment entre l'histoire de Ip Man, le film sur le kung-fu, l'histoire d'amour contrariée, les recherches visuelles, et encore plein d'autres choses, Wong finit par ne plus rien raconter et par perdre le spectateur. Mais son plus gros handicap réside dans la gestation compliquée du projet, dont la préparation et le tournage se sont étalés sur 5 ans au gré de constantes réécritures, de scènes re-tournées, de nombreux changements. C'est habituel pour lui, dont on sait qu'il peaufine toujours ses films jusqu'à la dernière minute. Mais on a clairement l'impression à la vision du film terminé que, cette fois, il a perdu le contrôle. On ne compte plus les faux raccords et les scènes visiblement filmées à des mois d'intervalle d'un plan à l'autre. Au premier tiers du film, on renonce à comprendre de quoi il veut nous parler.

Et à la fin, on ne regarde plus ça que comme un beau livre d'images. Je citerai trois exemples dans cette dernière partie, montrant à mon avis que le film échappe complètement à son réalisateur.
- la discussion entre Tony Leung et Zhang Ziyi, censée être le climax du film où les deux se rendent compte qu'ils ont passé leur vie à se fuir pour de mauvaises raisons. Sauf que, comme WKW ne s'est jamais préoccupé de créer une alchimie entre les deux, on s'en fout complètement et on ne ressent aucune émotion.
- le destin du personnage de La Lame, qu'on croise deux fois dans le film et dont on n'a donc rien à battre de la résolution de son conflit personnel
- le discours final de Ip Man en voix off, supposé éclairer sa vision du kung-fu comme philosophie de la vie. Mais comme c'est à peu près la première fois du film que le sujet est abordé, ça tombe comme un cheveu sur la soupe.

Je pourrais multiplier les exemples comme ça de trucs qui ne fonctionnent pas, parce que le film est complètement bordélique et jamais cohérent.
Alors évidemment, à côté de ça, le film est magnifique. C'est quand même la moindre des choses, vu le gars derrière la caméra; ça serait grave si en plus d'être à côté de la plaque, il nous pondait exceptionnellement un film moche ! Il y a un vrai travail de mise en scène sur les scènes de combats, dommage qu'il y en ait si peu. L'utilisation de la musique est superbe, qu'elle soit originale ou piquée ailleurs comme cette magnifique partition d'Ennio Moriconne pour [/i]Il était une fois en Amérique[/i]. Et les acteurs sont très bien, à commencer par Tony Leung - malheureusement sous-exploité.
Je retiendrai bien quelques scènes qui valent carrément le coup d'œil, et il faut dire aussi que je ne me suis pas spécialement ennuyé (peut-être qu'essayer de raccrocher les wagons de l'histoire, ça occupe !).

Après, il est évident que l'amateur de cinéma de kung-fu n'a pas attendu Wong Kar Wai pour combler ses attentes, et que de toute façon les films de Wilson Yip et Donnie Yen ont déjà rempli leur mission. Pour les autres, qui voudraient voir un bon film de baston avec des prétentions auteurisantes, peut-être que le cinéma d'un Tsui Hark est un peu ardu, mais au pire il y a Hero de Zhang Yimou qui passe mercredi sur Arte - c'est aussi beau, et au moins y'a du vrai bon fight dedans !
Quant à moi, ça m'aura surtout donné envie de voir ou revoir des anciens WKW, type Les Cendres du Temps ou Chungking Express. Vestiges d'une époque où il se prenait moins la tête à essayer de coller à ce que les critiques attendent de lui, et nous offrait des trucs bien plus enthousiasmants (In the Mood... étant à mon avis une sorte d'incident de parcours qui l'a fait basculer du mauvais côté et essayer par la suite de se conformer à son image nouvellement créée).

Note = 3/6 complètement subjectif

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Phil a écrit:Sauf que, même en soi, le film est bancal. Déjà parce que WKW ne sait jamais trop sur quel pied danser

C'est quand même handicapant pour un film de bataille de pieds !!

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Sinon, moi qui croyais que Ip Man était le mec qui avait inventé les adresses IP ...

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Phil a écrit: (In the Mood... étant à mon avis une sorte d'incident de parcours qui l'a fait basculer du mauvais côté et essayer par la suite de se conformer à son image nouvellement créée).




Peut être, mais des incidents de parcours pareil, certains signerait avec els pieds pour les avoir

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Phil


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Cbyt a écrit:Sinon, moi qui croyais que Ip Man était le mec qui avait inventé les adresses IP ...

Le super héros qui a inventé les adresses IP, tu veux dire...



Dernière édition par Phil le Ven 26 Avr - 16:10, édité 1 fois

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Cyrille a écrit:
Phil a écrit: (In the Mood... étant à mon avis une sorte d'incident de parcours qui l'a fait basculer du mauvais côté et essayer par la suite de se conformer à son image nouvellement créée).




Peut être, mais des incidents de parcours pareil, certains signerait avec els pieds pour les avoir

Complètement d'accord !

Ce que je voulais dire par là, c'est surtout que le film n'est pas tellement différent de ce qu'il faisait avant. Sauf que ça a été super bien accueilli par la critique et le public, et que depuis il a changé de style pour se conformer à ce qui avait plus dans ce film là plus sépcifiquement que dans les précédents. Et qu'il est devenu par là un "réalisateur de festivals" aux films moins intéressants (ce qui n'est qu'nu avis personnel)

Je m'avance certainement, mais je pense que s'il avait fait The Grandmaster juste après Ashes of Time par exemple, il y aurait eu plus de batailles de pieds et moins de gens qui se torturent les méninges devant de beaux paysages.

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Phil


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Phil a écrit:Quant à moi, ça m'aura surtout donné envie de voir ou revoir des anciens WKW, type Les Cendres du Temps ou Chungking Express. Vestiges d'une époque où il se prenait moins la tête à essayer de coller à ce que les critiques attendent de lui, et nous offrait des trucs bien plus enthousiasmants.

Et vu, donc, NOS ANNEES SAUVAGES (Days of Being Wild), son second film réalisé en 1990. Un petit truc modeste tourné en 3 semaines à l'arrache; pas vraiment réussi, mais plus intéressant que ses derniers gros machins. Ca digresse dans tous les sens, c'est complètement décousu, on a du mal à suivre ce que ça raconte... Mais il y a une énergie, un plaisir de filmer des acteurs prodigieux, et déjà des plans qui tuent (le grand mouvement du plan-séquence accompagnant Leslie Cheung avant qu'il aille buter un mec vers la fin, fouyayaya) - tout un tas de trucs qui font bien plaisir à voir.

(prochaine étape : Chungking Express, une bombe dans mon souvenir)

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Phil a écrit:(prochaine étape : Chungking Express, une bombe dans mon souvenir)

Chungking Express, donc, troisième WKW de 1993, est construit sur le même principe que les précédents. C'est toujours filmé à l'arrache dans les rues de Hong Kong, ça part encore dans tous les sens, le film bifurque au milieu d'une histoire vers une autre... WKW maîtrise son truc de mieux en mieux à chaque film, et sans que ce soit encore une pure réussite ici, on se laisse facileement prendre au tourbillon du film.

Note = 4/6

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Phil a écrit:au pire il y a Hero de Zhang Yimou qui passe mercredi sur Arte - c'est aussi beau, et au moins y'a du vrai bon fight dedans !

Revu ce soir, et je confirme : ça, au moins, c'est du bon film de batailles de pieds !

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Phil


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Les Cendres du Temps est le premier des "films maudits" de Wong Kar Wai, sur lequel il a travaillé 2 ans avant de laisser sortir une version qui ne lui convenait pas complètement. Ce qui deviendra son habitude par la suite, de façon plus volontaire, alors que là on ne sait plus trop aujourd'hui ce qu'il en est des caprices de diva du réalisateur et des contraintes économiques liées au film.
Résultat : c'est rigoureusement incompréhensible ! Enfin, les films de WKW sont rarement limpides, et ça fait partie de son style que de digresser et de partir dans des associations d'idées et de sensations plutôt que du côté d'une narration solide. Mais là, on voit clairement que c'est dû à un production et un montage chaotiques.
On ne s'intéresse donc pas trop à ce qui se passe - au bout de 20 minutes on a bien compris que c'était pas la peine d'essayer de comprendre, justement. Mieux vaut se laisser porter par les fulgurances visuelles du film, les scènes de combats "à la WKW" (qui seront plus abouties dans The Grandmaster, mais ont ici un côté plus sauvage et une volonté d'expérimentation qui fait plaisir), le traitement de certaines séquences rappelant les westerns de Sergio Leone, la beauté des images et l'onirisme de l'ensemble.

Note = 3/6

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