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Le cinéma est plus harmonieux que la vie, il n'y a pas d'embouteillages dans les films. Les films sont comme des trains qui filent dans la nuit (François Truffaut)


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Longue vie à la nouvelle chair (le topic de David CRONENBERG)

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Phil


Admin
Suite à notre discussion sur le Calendrier, et histoire d'ouvrir ici un sujet sur Cronenberg qui devrait resservir, re-publication de ma critique de A HISTORY OF VIOLENCE (rediffusé sur France 3 demain).

David Cronenberg m'avait fait très peur avec son film précédent, « Spider », pensum foireux où toute l'intelligence du réalisateur se perdait dans la symbolique lourdingue d'un film chiant au possible.
Avec « History of Violence », le metteur en scène canadien nous revient par contre dans une très grande forme et fait passer son film précédent pour une erreur de parcours sans grande conséquence. On peut aisément oublier cette erreur tant son nouveau film renoue avec tout ce qu'on aime chez le cinéaste, tout en s'intégrant logiquement et idéalement à son parcours jusqu'ici.
Depuis ses débuts dans le pur film d'horreur de série B gore, Cronenberg a toujours insufflé beaucoup de fond à ses films, tournant autour de thèmes récurrents tels que la maladie et les dérèglements corporels, les mutations vers « l'homme du futur », la perception de la réalité etc… Son cinéma est devenu avec le temps de plus en plus conceptuel, de plus en plus abstrait, tournant le dos à ses débordements pour devenir complètement intériorisé. Mais régulièrement, Cronenberg s'amuse à nous livrer un film plus « commercial » (du moins en apparence). C'est le cas avec ce dernier film, réalisé pour un grand studio américain, adapté d'un « graphic novel » et qui s'apparente à un gros film d'action à base de vengeance sanglante. Et c'est certainement sa plus grande force, Cronenberg s'éclatant comme un fou à pervertir totalement le film de « vigilante » en livrant une réflexion profonde sur le phénomène de la violence en elle-même et sur sa représentation au cinéma.

Cronenberg regarde le peuple américain (ces voisins qu'il ne comprend pas) comme un entomologiste et analyse sa fascination pour la violence, les armes, l'autodéfense. Et son regard est cynique et acéré se teintant d'une ironie devastatrice. Au départ, il décrit une petite famille américaine parfaite, une version 21ème siècle des Ingalls. Une famille qui va basculer très vite dans l'horreur, alors qu'il suffit d'un petit élément déclencheur pour que leur nature violente prenne le dessus. D'une ambiguïté incroyable, le film dénonce la violence inhérente de l'homme et tente de réfléchir sur la question, tout en offrant son lot de scènes hyper agressives. Mais Cronenberg pousse les scènes d'action du film à un tel niveau de grotesque et d'énormité qu'elles en deviennent risibles. Véritables catharsis en même temps que déconstruction d'un genre roi dans le cinéma américain, les scènes de violence du film servent au réalisateur à poser une distance entre le spectateur et la représentation de la violence à l'écran. Ca ne fait pas de lui un moraliste pour autant (il serait mal placé au vu des électrochocs que constituent la plupart de ses films !), car il avoue par ses images sa propre fascination pour le sujet (un peu comme John Woo lorsqu'il dit qu'il n'aime pas la violence et que c'est ce qu'il veut faire passer par ses gunfights aériens).
Derrière ses oripeaux de pure série B jouissive, « History of violence » est un film évidemment très réfléchi de la part d'un Cronenberg qui ne laisse jamais rien au hasard. C'est aussi un film qui permet au cinéaste de développer ses thèmes habituels, même sur un scénario qu'il n'a pas signé. Dans le film, la violence est une sorte de virus, une maladie qui touche l'homme et se répand par contamination auprès de ses proches (son fils, sa femme…). C'est une maladie qu'on peut soigner, mais qui peut aussi revenir. Une phrase prononcée par le personnage principal est à double sens : « Je ne vais pas faire une analyse d'ADN pour leur prouver que je ne suis pas celui qu'ils croient ». Ainsi, ce qui doit prouver son identité peut aussi être pris pour une analyse mettant à jour la gêne de la violence et son impact sur le personnage principal.

D'autres thèmes purement Cronenbergiens comme le questionnement sur l'identité (qui est-on réellement ? Se définit-on par ce qu'on est intrinsèquement ou par nos actes ?) et le rapport à la réalité sont très présents, comme dans tous les films « importants » du maître.
Et évidemment, le sexe est lui aussi mis au premier plan. Comme toujours, le réalisateur n'a pas peur d'affronter le sujet frontalement, à travers deux scènes fabuleuses. Dans la première au début du film, le couple de personnages principaux fait l'amour un soir où ils sont seuls. Cronenberg filme la scène « comme à la maison », on a vraiment l'impression de voir un couple « normal » faire l'amour, le réalisateur osant un « 69 » rarement vu au cinéma. Plus loin dans le film, alors que le caractère violent des mêmes personnages a explosé au grand jour, c'est à une scène de sexe sauvage tétanisante qu'on assiste, à l'opposé de la première. La réflexion sur le sexe et sa représentation rejoint dans la démarche du réalisateur celle sur la violence.
Au-delà de toute la réflexion et des débats que le film amène, c'est aussi un film qui fonctionne au premier degré et procure un plaisir direct et efficace. Bien qu'un peu lent, on ne s'y ennuie jamais (il dure à peine 1h30, en plus), et contrairement à beaucoup de films de Cronenberg, il ne met pas mal à l'aise. Même sur un film plus commercial, le réalisateur tend toujours vers l'abstraction et pousse ici très loin le dénuement total dans ses effets (avec l'aide de la musique élégiaque mais discrète du complice de toujours Howard Shore, par exemple). Le film est assez froid, mais ce n'est pas oppressant comme « Faux Semblants » ou « Crash ».
En plus, les acteurs sont tous incroyables. Viggo Mortensen prouve qu'il n'est pas cantonné au rôle d'Aragorn-fils-d'Arathorn pour toujours, et son aspect un peu lisse colle très bien au rôle. Maria Bello est époustouflante, surtout lorsqu'elle laisse passer les failles et les interrogations de son personnage. Dans les rôles des « méchants » assez caricaturaux, Ed Harris et William Hurt s'en donne à cœur joie.
Le film nous laisse complètement sur le carreau, d'autant que la fin, elle aussi d'une ambiguité folle, est fabuleuse. Dans ces dernières minutes sur le fil du rasoir (et sans rien vouloir dévoiler), le film cesse d'être un objet clinique et on se trouve submergé par l'émotion. Cronenberg clôt son film logiquement, et en même temps laisse planer un doute par le brusqe fondu au noir sur.... mais n'en disons pas plus !

« History of violence » n'est peut-être pas ZE film de l'année que j'attendais… quoique ! Le temps nous dira ce qu'il en restera dans quelques mois, et ses futures visions en DVD apporteront sûrement d'autres plaisirs, d'autres lectures, d'autres interrogations.
En tout cas, comme presque à chaque fois, Cronenberg nous a livré un film « provoquant » dans le vrai sens du terme. Parce qu'il provoque chez le spectateur tout un tas de sentiments, parce qu'il provoque la réflexion, parce qu'il est dérangeant. Je ne vais donc pas m'étendre encore plus dessus, mais simplement revenir sur le fait que le maître canadien est de retour avec un putain de grand film, et que ça fait vraiment du bien !

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Si tu crois qu'on va se retaper ton texte de dix pages ;-)

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Phil


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Pour une fois que j'avais fait court ! Smile

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David Cronenberg déboulonne le mythe Stanley Kubrick

Lors d’une rétrospective qui lui est consacrée à Toronto, David Cronenberg a refusé le terme d’héritier de Stanley Kubrick. Il est même allé plus loin en critiquant le créateur de 2001, l’Odyssée de l’espace et de Shining.

Tout au long de sa carrière, David Cronenberg s’est démarqué en réalisant des films aussi originaux qu’exigeants. Une stratégie payante, mise en évidence lors de la rétrospective qui lui est consacrée à Toronto. Et face à ceux qui ont voulu en faire l’héritier de Stanley Kubrick, Cronenberg a dénoté une fois de plus, en rejetant cette descendance que beaucoup de metteurs en scène aimeraient pourtant revendiquer, tant Kubrick est considéré comme l’un des plus grands génies du 7e Art.

Pire, David Cronenberg s’est permis de critiquer son illustre aîné et son cinéma. «Je suis un cinéaste plus intime et personnel que Kubrick» a-t-il en effet déclaré. Il a enchaîné en affirmant que Shining, pourtant considéré comme un classique du genre, n’était «pas un grand film». Le réalisateur canadien ne s’est pas contenté de lâcher cette sentence définitive, il a précisé sa pensée. «Je ne pense pas qu'il comprenait le genre de l'horreur, a-t-il ainsi développé. Je ne pense pas qu'il comprenait ce qu'il faisait. Il y avait quelques images frappantes dans le livre, et il a obtenu cette horreur, mais je ne pense pas qu'il l'a vraiment ressentie».

Celui qui a signé La mouche, Faux-semblants, A history of Violence ou encore Les promesses de l’ombre met également en doute la démarche artistique de Stanley Kubrick. «Bien qu'il soit vénéré comme un artiste de haut niveau, je pense qu'il avait un esprit beaucoup plus commercial et cherchait des trucs qui claquent, pour lesquels il pouvait obtenir du financement» avant de conclure: «Je pense qu'il a été très obsédé par cela, contrairement à moi. Ou à Bergman ou à Fellini». En toute modestie.



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Phil


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Arf, le deuxième meilleur réalisateur du monde qui critique le premier ! Smile
M'enfin, je vois pas bien le rapport entre Cronenberg et Kubrick à la base, ils ont fumé des oreilles.

Sur Shining, il dit finalement la même chose que King.
Sur le côté commercial de Kubrick, c'est pas faux - même si exagéré, et que Kubrick a su concilier comme personne (si, comme Hitchcock avant lui) le commerce et l'art.

Mais bon, quand on voit ses derniers films, il ferait mieux de chercher un peu plus "des trucs qui claquent" !

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Phil


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La bande-annonce de MAPS TO THE STARS, qui sort donc le 21 mai et sera en compétition officielle à Cannes... et surtout promet d'être bien plus intéressant que les deux derniers films de l'ancien meilleur réalisateur du monde ! Smile(avec du cul, de la violence, et un casting qui bute)

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Phil


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Pas mal, la ba du nouveau Cronenberg avant Pissederman dans une salle pleine de gosses ! Smile

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Vu aussi la BA hier, ça fait bien envie

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Phil


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La critique (positive - mais ils sont pas objectifs avec Cronenberg et avaient aimé les deux derniers) de MAPS TO THE STARS dans Mémérama suite à sa présentation à Cannes :
http://www.telerama.fr/festival-de-cannes/2014/maps-to-the-stars-le-reve-hollywoodien-depece-par-cronenberg,112523.php

Et une interview de Cronenberg :
http://www.telerama.fr/festival-de-cannes/2014/david-cronenberg-hollywood-est-incestueuse-il-n-y-a-pas-de-sang-frais-pas-d-idees-neuves,112153.php

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Phil


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Cronenberg is back !!! Et ça fait bien plaisir...
Déjà parce qu'après deux films pas bon, son dernier opus, MAPS TO THE STARS, donc, est très bon, lui. Mais surtout (et c'est lié, en fait), parce que c'est certainement le film le plus cronenbergien qu'il ait fait depuis un paquet de temps. J'adore son History of Violence - grand, grand film - et j'aime beaucoup Les Promesses de l'Ombre, mais on ne peut pas dire que ce soient des films ancrés dans son univers et ses thématiques. Du coup, si on prend les autres naseries qu'il a réalisées autour (Spider, A Dangerous Method et Comsmopolis), ça faisait bien 15 ans qu'on n'avait pas vu un "vrai" film de Cronenberg à l'écran - depuis eXistenZ.

Et c'est d'autant plus étonnant que cette plongée au coeur de l'univers d'Hollywood semble a priori très éloignée de son cinéma; et qu'il n'a pas touché au scénario, n'est pas à l'origine du projet, etc. Mais le film s'avère un excellent exemple d'un réalisateur qui s'empare d'un matériau et l'adapte à sa personnalité pour en faire quelque chose s'inscrivant parfaitement dans son oeuvre.
On retrouve ainsi son regard clinique sur le monde et les gens, ses personnages tordus, son sens du grotesque et de la provocation. Le microcosme hollywoodien qu'il décrit devient une sorte de monde hors du temps, figé dans sa propre artificialité, proche du monde mental reconstitué par les protagonistes de Crash. Un monde peuplé de mutants complètement névrosés, de créatures auxquelles on n'ose plus se comparer en tant qu'êtres humains tant ils poussent le cynisme et la folie jusqu'au point de non retour. C'est peut-être le film le plus méchant de Cronenberg - pas son plus désespéré mais son plus misanthrope - peuplé de personnages plus vils les uns que les autres.

Pour donner vie à cette galerie de tarés, le réalisateur canadien emploie des acteurs phénoménaux. Au premier rang desquels Julianne Moore, très grande actrice, on le savait, qui se donne là comme rarement. En livrant une superbe performance et surtout en se jetant corps et âme dans un rôle très complexe et où elle ose tout (la scène hallucinante où elle "rend hommage" à la mort du gosse qui lui permet d'avoir un rôle important, ou celle "de la constipation" - un truc qu'on ne pouvait voir que chez Cronenberg !). Les autres font forcément un peu palots à ses côtés, mais ne déméritent pourtant pas, que ce soient Mia Wasikowska défigurée, Robert Patin-son enfin débarrassé d'Edward, John Cusack en sosie de Nicholas Cage, Olivia Williams et tous les autres. Mension spéciale au jeune Evan Bird qui crève l'écran en clone de Macaulay Culkin à peine plus cinglé que l'original.

Le plus fort, finalement, c'est que Cronenberg pousse toujours plus loin ici l'épure vers laquelle tend son cinéma au fur et à mesure du temps. Et qu'il n'a plus besoin d'effets tapageurs pour créer la tension, amener une atmosphère étouffante, multiplier les signes d'inquiétante étrangeté. Ou presque, parce qu'il reste encore des séquences de "visions" cauchemardesque qui rappelleront sa veine fantastique, quelques éclairs de violence, des scènes de sexe bien frontales. Mais les séquences les plus frappantes, les répliques qui tuent, les outrances des personnages, on se les prend en pleine gueule de la manière la plus calme et posée qui soit. Et leur effet n'en est que plus dévastateur. On a même droit à quelques touches d'humour - c'est certainement le film le plus "drôle" de Cronenberg, même si c'est évidemment l'humour le plus noir qui soit. Et le calme apparent de l'action est contrebalancé par la vitesse des dialogues, la multiplication des références, les name-dropping permanent (faut s'accrocher pour tout saisir du premier coup !)...

Pas la peine d'en faire des tartines sur les postes techniques, attribués aux collaborateurs habituels du réalisateur depuis 35 ans - ils font tous un travail superbe, comme toujours. Quand même, le compositeur fidèle Howard Shore étonne avec une partition ambient minimaliste, qui renoue avec ses premiers travaux auprès du réalisateur canadien, notamment sur Vidéodrome ou Scanners.

Maps to the Stars est donc certainement un des films les plus passionnants de la période actuelle de David Cronenberg. Comme j'ai tendance à préférer son "ancien" cinéma jusqu'à Faux Semblants (comme beaucoup - surtout les anciens fans qui l'ont suivi à ses débuts), ça ne restera pas comme un de mes Cronenberg préférés. Et j'aimerais beaucoup le voir revenir une ou deux fois avant de mourir ou d'arrêter de faire des films à un cinéma plus rentre-dedans et spectaculaire. Mais pour autant, difficile de bouder son plaisir face à ce film provocateur dans le meilleur sens du terme, signé par un cinéaste en pleine possession de ses moyens (et pas par le clone photocopié des pans les moins glorieux de son oeuvre) !

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Phil


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Resortie de Vidéodrome le 29/10 tiens, en version restaurée

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Phil


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Ouiiiii, visionnage au ciné prévu !

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(et ressortie aussi de Massacre à la tronçonneuse la semaine précédente - moins intéressant, mais j'irai ptet le voir quand même sur grand écran)

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(me suis fait un petit JAWS a l'ugc de rouen il y a 2 semaines TERRIBLE

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Phil


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Ah ouais, il était aussi à la Def, mais pas pu...
Tu m'étonnes que ça devait être énorme !

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Phil


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Phil


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Je recopie ici ce que je dis sur la ressortie au ciné de VIDEODROME dans le topic "pizza" :


Bon, aujourd'hui j'ai revu comme prévu l'immense VIDEODROME de Cronenberg, qui ressortait en copie neuves dans 5 malheureux cinémas en France (dire que Massacre à la Tronçonneuse a droit à une ressortie en grande pompe alors que c'est vachement moins bien ! Rolling Eyes).
(re)Disons simplement que c'est mon Cronenberg préféré, dans mon top 10 depuis 25 ans; qu'est-ce que je dis, moi : dans mon top 5 ! Alors revoir le film pour la 1000ème fois, mais là sur grand écran dans une qualité superbe, vous imaginez bien que j'ai pas de mots pour décrire ça. Décidément : après Phantom of the Paradise en début d'année et Die Hard le mois dernier, on est gâtés en reprises de films grandioses.
Il faut quand même signaler que Videodrome est toujours un film incroyablement visionnaire plus de 30 ans après sa réalisation. Le monde qu'il décrit dans lequel l'image télévisée finit par contrôler et guider la vie des gens, certaines phrases remises dans le contexte de nos jours, sa vision de l'aliénation mentale des sociétés modernes... On a l'impression que le réalisateur avait fait un voyage dans le temps pour venir regarder nos chaînes TNT et leurs pauvres starlettes pathétiques et nos jeunes accros à leurs réseaux sociaux, avant de repartir écrire son scénario !
Et ça reste aussi l'un des films les plus zarbis de l'histoire...

Longue vie à la nouvelle chair / 6





Et un article de Mad qui revient sur le film à l'occasion de cette reprise :


Dans les suppléments du nouveau collector Blu-ray de Scanners, le producteur Pierre David rappelle que Videodrome fut un échec cuisant lors de sa sortie fin 1982 ; un désastre aujourd'hui teinté d'ironie, le long-métrage étant considéré par la majorité des cinéphiles comme le plus abouti de son auteur. Alors que Videodrome s'apprête à ressortir dans les salles françaises (merci Splendor Films), un retour s'imposait sur ses grands axes thématiques, condensés d'une filmographie entière.

Pour apprécier le génie de la vision de David Cronenberg, il faut évidemment se replonger dans le contexte sociétal du début des eighties, et remettre en perspective les possibilités offertes par un tout nouvel appareil domestique : le magnétoscope. Connectée à cette technologie expérimentale, la télévision n'est plus tout à fait la même. Cronenberg le souligne dès une scène d'ouverture brillante, où la petite lucarne est présentée comme la compagne du héros Max Renn (James Woods). Ayant troqué un lit classique contre le canapé du salon, le protagoniste s'éveille chaque jour au même rituel, écoutant son écran lui dicter le programme de sa journée sous les traits d'une jolie secrétaire. Très rapidement, le réalisateur décide de questionner la place de la télévision dans la vie quotidienne moderne, prenant notamment le risque d'embourber sa narration dans une reconstitution de débat télévisuel. Essentielle, cette séquence pose en fait toutes la problématique du film, d'une redéfinition de la réalité par le prisme de la représentation cathodique de l'être humain (l'un des participants au débat, le Docteur O'Blivion, n'apparaîtra que dans les pixels d'un téléviseur) à une remise en question des discours moralisateurs vis-à-vis de la violence et de la pornographie (la principale contradictrice de Max, vêtue d'une robe rouge vif, s'avérera être dans l'intimité une sacrée perverse).

LE ROYAUME DES FANTASMES


Se pliant difficilement aux points de vue terre-à-terre et / ou hypocrites de ses contemporains, Cronenberg envisage au début de sa carrière de se faire un nom dans le porno soft, encouragé par les tentatives relativement auteurisantes d'André Link et John Dunning, futurs producteurs de Frissons et Rage. Le porno et l'ultra-violence, Cronenberg en use dans Vidéodrome comme d'un outil narratif capital, des vision extrêmes ouvrant chez les personnages des connexions neuronales sécurisées, et facilitant l'infiltration du signal projeté par une émission underground intitulée Videodrome. Visionnaire (le concept de réalité virtuelle étant alors un mystère pour tous, il est d'autant plus fascinant de constater à quel point le casque manipulé dans le film annonce les technologies actuelles), Cronenberg projette rapidement son couple de protagonistes, au gré d'expérimentations sadomasochistes rythmées par les cordes hypnotiques de Howard Shore, dans le décor baroque de Videodrome, que révèlera un travelling arrière vertigineux. La frontière entre le réel et l'écran étant franchie, le cinéaste accélère son basculement narratif. Lorsque Nicki (Debbie Harry) s'envole pour Pittsburgh dans l'espoir de rencontrer les têtes pensantes de Videodrome, Cronenberg choisit de garder son voyage hors-champ ; sa dernière apparition en chair et en os intervient dès lors dans le salon de Max, face au divin téléviseur. Elle réapparaîtra de l'autre côté du miroir lors d'une séquence étourdissante, premier pas vers une contamination hallucinatoire du réel. Logiquement, Cronenberg profite de ce rebondissement pour humaniser l'objet VHS : au contact des doigts de Max, la cassette vidéo de Videodrome s'anime ainsi d'un désir palpable, et sa pénétration dans les entrailles du magnétoscope est, à travers l'objectif de l'auteur, clairement assimilé à un rapport sexuel.

FECONDATION VIRTUELLE


Comme il le fera (avec beaucoup moins de pertinence, de créativité et d'engagement) près de quinze ans plus tard dans eXistenZ, Cronenberg subordonne donc la réalité virtuelle à un pur acte de fécondation, le rapport charnel entre le spectateur et son écran modifiant au passage l'anatomie du sujet humain. Cette manipulation à la fois physique et psychique (les spectateurs de Videodrome sont irrémédiablement atteints d'une tumeur au cerveau) nourrit l'imaginaire de Cronenberg comme rarement, le cinéaste ne pouvant s'empêcher de considérer chaque possibilité offerte par son fabuleux concept. L'idée d'enregistrer des fantasmes et des hallucinations pour les partager avec autrui (argument repris et développé en 1996 par James Cameron et Kathryn Bigelow dans Strange Days) donne ainsi lieu à une séquence passionnante. Si Max s'inquiète, sur le ton de l'ironie, du copyright de ses visions les plus intimes, Cronenberg, derrière son combo, ne plaisante pas du tout. L'homme, dans Vidéodrome, est au seuil d'un monde nouveau, où il pourrait devenir un produit marketable, une monnaie d'échange ; dans tous les cas, la victime plus ou moins consentante d'un show-business sans frontières ni limites morales, appelé à s'installer comme le seul gouvernement valable.

LE DIABLE EST DANS LES DETAILS


Brille également dans Vidéodrome une opposition entre les notions de conversation et de monologue, et une inversion totale de leurs valeurs. En influant directement sur la psyché humaine, l'émission Videodrome s'affranchit du monologue cathodique classique (notons que Cronenberg place des joysticks et des boîtes de jeux vidéo sur le téléviseur de Max, seul moyen à l'époque d'interagir directement avec un signal télévisuel). À l'opposé, le dialogue humain se brouille, perturbé par de violentes hallucinations (cf. ce moment où Max s'imagine gifler sa secrétaire, laquelle adopte furtivement l'apparence de Nicki). Se plaisant ainsi à extraire un personnage du monde matériel et le plonger dans une réalité entièrement redéfinie, Cronenberg redouble d'efforts avec le personnage du Docteur O'Blivion, incarné dès sa première apparition par un gigantesque téléviseur. « L'écran de télévision est la rétine de l'esprit », affirme le personnage. « En fait, l'écran de télévision fait partie intégrante de la structure du cerveau. Par conséquent tout ce qui apparaît sur l'écran de télévision est perçu comme une expérience brute par ceux qui le regardent. La télévision est la réalité, et la réalité est moins que la télévision. Après tout, il n'y a rien en dehors de notre perception de la réalité, n'est-ce pas ? » Pierre angulaire de Vidéodrome, O'Blivion inspire à Cronenberg et à Carol Spier un modèle de Production Design, synthétisant notamment en trois décors connectés l'ensemble des enjeux scénaristiques. Le bureau du professeur, avec son amas de connaissances littéraires, historiques et culturelles via une accumulation d'œuvres de natures et de factures diverses (livres, vitraux, tapisseries, tableaux, sculptures, statues...), est ainsi comparable à un cerveau humain. À noter que la fille d'O'Blivion ne s'installera jamais dans le fauteuil de son père, bien que la composition du cadre se focalise systématiquement sur cette chaise vide. Le personnage est bien présent, invisible, et la pièce annexe, plus froide, peut être apparentée à son cortex, avec en lieu et place de matière grise des milliers de cassettes vidéo préenregistrées. O'Blivion se pose dès lors comme le prototype de l'homme technologique qu'évoquera brièvement sa fille auprès de Max ; une esquisse de mutation donnant une idée de la prochaine grande étape dans l'évolution humaine.

UN BEL HERITAGE


En contrebas du fameux bureau, la chapelle « Cathode Ray », organisée en boxes imbriqués les uns dans les autres comme dans un immense labyrinthe, apparaît comme une extension de l'esprit d'O'Blivion ; ses « patients » semblent connectés par l'intermédiaires des nombreux téléviseurs à ses propres neurones. La figure du labyrinthe est justement présente dans le propre appartement de Max, à travers un poster recouvrant le mur de sa cuisine ; poster que l'on ne découvrira qu'après son passage en plan-séquence au sein de la chapelle. Au sommet de son art, Spier parvient à ciseler grâce aux plus petits accessoires le propos de Cronenberg, à l'instar du maquilleur Rick Baker, responsable ici d'effets spéciaux encore paralysants aujourd'hui. Si les avis divergent quant au style actuel du cinéaste, cette narration par l'image et cette réappropriation des artifices du cinéma d'horreur ne peuvent que manquer à ses fans de la première heure. Si le Cronenberg de Vidéodrome n'est plus, l'héritage de son chef-d'œuvre est en revanche encore terriblement prégnant. « Mon père pensait que la vie publique à la télévision était plus réelle que la vie intime dans la chair », note à un moment la fille d'O'Blivion. Pour ne citer que l'exemple le plus récent, cette réflexion gouverne à elle seule l'ensemble du Gone Girl de David Fincher, autre grand film sur la mutation de la réalité et la contamination des masses par l'intermédiaire du médium télévisuel.




Chez Télérama : http://www.telerama.fr/cinema/films/videodrome,20904,critique.php
Article d'écran large lu en devanture du ciné : http://www.ecranlarge.com/films/news/931447-videodrome-revient-au-cinema-5-raisons-de-revoir-ce-chef-d-oeuvre

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Phil


Admin
Pffff, n'importe quoi !


En dépit d’un contenu éditorial soigné et d’une image plutôt correcte, le récent Blu-ray de Frissons présenterait une version légèrement tronquée du long métrage de David Cronenberg, le master de celui-ci (le même que sur les services de streaming comme Netflix) étant apparemment issu d’une copie américaine expurgée de 25 secondes de gore pour ne pas écoper d’une classification X à l’époque de sa sortie en salles. Éditeur du disque incriminé, Arrow a prétendu ne pas être au courant d’autant plus que le transfert aurait été approuvé par un Cronenberg ayant par ailleurs laissé entendre qu’il n’avait pas assisté à la remasterisation dans sa totalité : « Nous ne savons pas pourquoi des bouts de Frissons ont été raccourcis bien qu’il ne nous semble pas qu’il s’agisse d’un acte de censure puisque d’autres scènes similaires auraient alors posé problème » explique la firme dans son communiqué de presse. « Peut-être que Cronenberg a décidé de couper ces passages pour des raisons de qualité technique même si ce n’est que de la spéculation de notre part. Contrairement à beaucoup de nos parutions, nous n’avons pas suivi la restauration du film donc nous devons interroger ceux qui s’en sont chargés. Nous espérons avoir des réponses bientôt. »

(source : Mad Movies)

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Phil


Admin
MIAM !
(enfin, Vidéodrome en BR + les courts et moyens métrages de Cronenberg, hein, pas les deux autres merdes !)

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Je sais que tu n'aimes pas ce film, mais j'ai très envie de revoir A dangerous Method, tu l'aurais pas en DVD par hasard ?
(je viens de finir de lire l'autobiographie de Jung)

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Phil


Admin
Ah non, je l'ai pas - finie l'époque où j'achetais même les films que j'aime pas des réalisateurs que j'aime !
Mais je peux regarder à la médiathèque.

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Non, te casse pas la tête, il est à 2€ sur PM

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